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Ce rapport a été écrit à l'intention des familles qui comptent un ou
plusieurs garçons atteints de la dystrophie musculaire de Duchenne. Il
leur explique de façon vulgarisée quelques faits scientifiques de base
et leur présente les multiples approches par le biais desquelles la recherche
internationale tente de trouver un traitement causal, c'est-à-dire
scientifiquement justifié et donc efficace de la maladie. Comme des chercheurs
s'affairent, dans plus d'une centaine de laboratoires répartis dans de nombreux
pays dans le monde, à trouver un traitement pour cette maladie, nous ne
décrirons ici en détail que les plus importants des nombreux résultats obtenus
à ce jour. Une série d'autres résultats sont présentés sous une forme très
résumée.
La première édition de ce rapport, sortie en 2001, a rassemblé
les exposés les plus importants présentés en mai 2000 à l'occasion de la réunion
internationale de travail des National Institutes of Health à Bethesda près de
Washington. Cette troisième version du rapport a été écrite entre juillet et
août 2003, avant tout sur la base d'informations tirées de publications et
de contacts directs avec de nombreux scientifiques.
Introduction
On explique quelques bases scientifiques, ce que sont les gènes, comment ils
travaillent, pourquoi la dystrophine est importante, comment des mutations
provoquent la dystrophie musculaire de Duchenne et comment la maladie
s'acquiert héréditairement.
Les gènes et leur fonction:
Les gènes sont
des unités fonctionnelles, du matériel génétique contenu dans les chromosomes
de chaque cellule. Ce matériel est l'acide désoxribonucléique, ou ADN.
Sa structure ressemble à une échelle torsadée, la double hélice. Elle a été
découverte en 1953, cela fait 50 ans, par James Watson et Francis Crick.
Les deux montants de l'échelle, ou brins, sont de longues chaînes formées
d'acide phosphorique et de désoxyribose, une sorte de sucre. Les barreaux
sont constitués de quatre substances chimiques différentes, les bases ou
lettres génétiques: adénine, guanine, thymine et cytosine, abrégées en
A, G, T et C. Celles-ci se font face par paires dans chaque barreau de
la double hélice. Mais, pour des raisons de place, les barreaux ne peuvent
contenir que les paires A-T et G-C. Si l'ordre, ou séquence de ces bases sur
l'un des brins est par exemple
---AGGCTTAATCGT---
elle doit alors être
---TCCGAATTAGCA---
sur l'autre. Les séquences des deux brins sont donc complémentaires l'une de l'autre.
Chacune des près de 100.000 milliards (100 x 1012)
de cellules du corps humaine in contient 46 chromosomes dans son noyau avec
plus de 6 milliards de lettres génétiques regroupées dans 25.000 à 30.000 gènes.
Presque toutes les unités de la séquence de ces lettres sont maintenant connues.
C'est l'information génétique qui se transmet de génération en génération avec
très peu de modifications, ou mutations. Ces mutations, qui ont été nécessaires
au développement de tous les êtres vivants peuvent toutefois apporter avec elles
des conséquences négatives comme les maladies héréditaires.
La plupart des gènes portent l'information nécessaire à la
construction d'une ou plusieurs protéines qui sont constituées d'acides aminés.
La séquence des acides aminés - il en existe 20 différents - est importante
pour la fonction des protéines, soit en tant qu'enzymes qui contrôlent les
processus biochimiques du corps, soit en tant que régulateurs pour d'autres
gènes, soit encore comme matériau de structure.
Dans le noyau cellulaire, où résident les chromosomes,
l'information génétique est copiée ou transcrite et transmise à une autre
substance génétique de structure similaire à l'ADN, l'acide ribonucléique
pré-messager, ou pré-ARNm. Les gènes des organismes multicellulaires sont
constitués de sections actives, les exons, et de sections inactives,
les introns. Après la transcription, les introns, qui sont souvent beaucoup
plus longs que les exons, sont détachés du pré-ARNm et les exons transcrits
sont épissés en ARN messager. Celui-ci est ensuite exporté vers les ribosomes,
structures de synthèse des protéines situées dans le cytoplasme de la cellule.
Dans les ribosomes, des ARN ayant une activité catalytique, les ribozymes,
utilisent l'information génétique de l'ARNm pour construire des protéines
spécifiques à partir d'acides aminés qui sont fournis aux ribosomes par un
autre type d'ARN, l'ARN de transfert ou ARNt.
Les ARN utilisent la base U (uracile) au lieu de la base T de
l'ADN, très semblable. Dans l'ARNm, trois bases consécutives signifient toujours
un des vingt acides aminés différents selon un "dictionnaire", le code génétique,
qui est le même pour toute vie sur terre. L'écriture génétique n'utilise donc
que quatre caractères et ses mots, les codons, ont toujours une longueur de trois
caractères, qu'on appelle des triplets. Un mot suit l'autre sans espace et
il existe trois différents codons stop, UAA, UAG et UGA qui marquent la fin de
la séquence d'une protéine.
Le gène de la dystrophine:
La dystrophie musculaire
de Duchenne est une des maladies héréditaires les plus fréquentes. Un garçon
sur 3.500 environ naît avec cette maladie. Elle est causée par une mutation,
ou altération du gène de la dystrophine avec pour conséquence que cette protéine,
la dystrophine, n'est plus du tout présente dans leurs cellules musculaires,
ou alors à l'état de traces.
Le gène de la dystrophine a été identifié en 1986 sur le
chromosome X (Kunkel, Boston) et peu de temps après, c'est sa structure qui
était élucidée (Hoffman, Washington). Avec ses 2,6 millions de paires de bases,
il est le gène humain le plus long. Cependant, 13.993 paires de bases
(soit 0,5%) appartiennent aux 79 exons du gène et contiennent ensemble
la séquence codante active, c'est-à-dire l'information nécessaire à la synthèse
des différentes formes de la protéine dystrophine. La transcription de
l'information génétique du gène de la dystrophine dans le pré-ARNm est
contrôlée par cinq régions de l'ADN, les promoteurs, qui dirigent le processus
d'épissage de sorte qu'un certain nombre de protéines différentes soit
produit. Le produit principal est la dystrophine entière, une très longue
protéine en forme de bâtonnet, constituée de 3.685 acides aminés.
La dystrophine se trouve dans les costamères qui relient
la région Z des sarcomères, les structures contractiles, avec le sarcolemme,
la membrane cellulaire, et qui sont nécessaires à la transmission de l'effort.
Elle joue donc un rôle important dans la stabilité mécanique des cellules
musculaires durant la contraction musculaire.
Le complexe de la dystrophine:
La dystrophine fait partie
d'un réseau de protéines nombreuses et variées dont plus de 50 sont aujourd'hui
connues. On trouve parmi elles le dystroglycane et le sarcoglycane, la
syntrophine et l'intégrine, la dystrobrévine, la nitrique oxyde synthase,
ainsi que d'autres composés comme la dysferline, le sarcospan, la laminine,
la cavéoline, la téléthonine, la myotoline, l'agrine, la neurexine,
la desmusline, la syncoïline, la fukutine, l'aquaporine, la spectrine,
le collagène, la calpaïne, etc. A l'avenir, on s'attend à identifier encore
d'autres composants (Campbell, Iowa City).
Lorsque la dystrophine est absente, l'équilibre entre les
diverses parties du complexe est perturbé. En particulier, les dystroglycanes,
les sarcoglycanes et le sarcospan sont réduits ou disparaissent complètement.
Chacune des protéines du complexe a son propre gène, qui peut aussi être
altéré par des mutations. Ceci est à l'origine des 13 dystrophies des
ceintures et des 5 dystrophies musculaires congénitales connues à
l'heure actuelle, ainsi que de 8 autres maladies neuromusculaires au moins.
Quelle est la taille des molécules, de l'ADN et de la dystrophine?
Le grand public
n'a que rarement une idée correcte de la taille des structures moléculaires
avec lesquelles travaillent les scientifiques.
L'expérience de pensée suivante démontre la petitesse d'une
simple molécule. Versez le quart d'un litre de vin dans la Méditerranée
au niveau du Détroit de Gibraltar. Puis mélangez bien la Méditerranée et,
à l'autre bout, à Alexandrie, prélevez un quart de litre d'eau au moyen du
même verre à vin. Combien de molécules d'alcool trouverez-vous dans ce verre?
Vingt-deux millions!
La double hélice de l'ADN a un diamètre de deux nanomètres,
soit deux millionièmes de millimètre. Si on agrandissait l'hélice pour qu'elle
ait un diamètre d'un centimètre, quelle taille atteindrait une personne de 1,80 m
si on l'agrandissait du même facteur? Neuf mille kilomètres, c'est-à-dire à peu
près la distance de l'Europe à la Floride.
Chaque noyau cellulaire des quelque 100.000 milliards
(100 x 1012) de cellules que compte un être humain adulte, contient le matériel
génétique complet fait de 6 milliards de paires de bases. L'ADN total qui se
trouve dans l'ensemble des chromosomes d'un seul noyau de cellule fait
deux mètres de long!
Chaque molécule de dystrophine fait 125 nanomètres,
donc 80.000 d'entre elles étalées en ligne droite couvriraient juste un
centimètre.
Il y a 114 milliards de molécules de dystrophine et le même nombre de
complexes de dystrophine dans un gramme de muscle.
Mutation et étiologie de la maladie:
La dystrophie musculaire de
Duchenne est causée par trois types différents de mutations du gène de la
dystrophine: des délétions, s'il manque certaines parties du gène, des
duplications, si certaines parties sont dupliquées, et des mutations ponctuelles,
si des lettres génétiques isolées sont échangées, éliminées ou ajoutées.
Comme le mécanisme de lecture des ribosomes lit toujours les mots de code de
trois lettres l'un après l'autre, sans espaces, une mutation ne bouleverse pas
le cadre de lecture si le nombre de lettres manquantes ou ajoutées est divisible
par trois sans reste. Dans ce cas, la dystrophine produite est plus courte ou
plus longue. Si cette modification ne concerne que des structures non essentielles
de la dystrophine, par exemple la partie centrale, la molécule peut encore être
partiellement fonctionnelle. C'est la forme bénigne de la dystrophie,
la dystrophie musculaire de Becker, qui se développe alors.
Si la mutation déplace le cadre de lecture d'une ou deux
lettres, alors, dans la plupart des cas, une série entière d'acides aminés
incorrects est incorporée dans la protéine à partir du site de la mutation,
jusqu'à ce que survienne finalement un nouveau codon stop prématuré qui met
un terme à la synthèse. Dans ce cas, la dystrophine incomplète ne peut pas
remplir sa fonction normale, elle est dégradée et se développe alors la
dystrophie musculaire de Duchenne.
En l'absence de dystrophine, les cellules musculaires
dégénèrent. Elles sont constamment régénérées, mais le mécanisme de
régénération finit par ne plus fonctionner. Les fibres musculaires détruites
sont remplacées par de la graisse et du tissu conjonctif, ce qui provoque,
à l'âge de deux ou trois ans, les premiers signes visibles de la maladie.
A l'endroit où les motoneurones entrent en contact avec
la membrane musculaire, il se trouve une autre protéine, l'utrophine, dont
la structure est similaire à celle de la dystrophine et qui contribue dans une
certaine mesure à maintenir la stabilité de la membrane musculaire
(Davies, Oxford). Sans utrophine, la maladie progresserait beaucoup plus vite.
Hérédité de la dystrophie musculaire de Duchenne:
Outre les 44
chromosomes normaux, appelés autosomes, les garçons ont deux chromosomes sexuels
différents dans chacune de leurs cellules, un chromosome Y et un chromosome X.
Si leur gène de la dystrophine, situé sur leur unique chromosome X, est
endommagé par une mutation, celle-ci ne peut pas être compensée par un gène
intact situé sur un second chromosome X, comme cela est possible pour les
mutations survenant sur les autosomes, qui vont toujours par paires. C'est
pourquoi la dystrophie de Duchenne et de Becker n'affectent que les garçons.
En revanche, les femmes possèdent deux chromosomes X dans
leurs cellules. Si elles portent un gène de la dystrophine muté sur l'un de
leurs chromosomes X, elles sont capables de transmettre la maladie, elles sont
ce que l'on appelle des porteurs génétiques. Comme l'un des chromosomes X est
inactivé, son choix étant le fruit du hasard, seule la moitié environ des
noyaux de leurs cellules musculaires ont un gène de la dystrophine intact.
Ceci suffit à ne provoquer soit aucun symptôme, soit de faibles symptômes
cliniques de la maladie.
Environ deux tiers des garçons atteints de maladie de Duchenne
héritent leur maladie parce que leur mère est un porteur génétique. A la méiose,
division cellulaire menant à la formation des ovules, chaque ovule reçoit un
seul chromosome X. La probabilité qu'il s'agisse du chromosome X portant la
mutation du gène est de 50%. Par conséquent, en moyenne, 50% de ses fils auront
la dystrophie musculaire de Duchenne et 50% de ses filles seront à nouveau
porteuses de la mutation. Ce risque reste le même pour tous les enfants
d'une même famille, il ne diminue pas si la famille a déjà un enfant atteint
de la dystrophie musculaire de Duchenne.
Si la mère est porteuse, la mutation est apparue soit dans
les cellules germinales de ses parents ou dans celles de ses ancêtres. Toutes
les cellules du corps d'un porteur génétique possédant le gène muté, son statut
de porteur peut être détecté par une analyse du gène dans les leucocytes
ou globules blancs du sang, qui contiennent des chromosomes.
Environ un quart des cas sont causés par une nouvelle mutation.
Dans ces cas, la mutation est survenue spontanément dans l'ovule particulier de
la mère qui est ensuite devenu le patient. Comme un seul ovule a été affecté,
les autres enfants de ces femmes ne sont pas exposés à un risque supérieur
à celui du risque général de présenter la maladie.
Environ un dixième des patients ont une mère présentant une
mosaïque de cellules germinales, due au fait que la nouvelle mutation
est apparue précocement durant la formation des cellules germinales et que
la cellule mutée a donné un groupe d'ovules qui contiennent chacun la mutation.
Comme il y a plus d'un ovule affecté, un autre fils peut aussi hériter de la
maladie ou une fille peut être un porteur génétique.
Les méthodes génétiques actuelles ne pouvant pas détecter
une mosaïque de cellules germinales, on proposera un diagnostic prénatal lors
d'une seconde grossesse à toute femme qui a déjà un garçon atteint de la
dystrophie musculaire de Duchenne, et non seulement à celles qui sont des
porteurs génétiques démontrés. (Müller-Reible, Wurzbourg).
Evolution clinique de la dystrophie musculaire de Duchenne:
Les premiers
signes cliniques apparaissent vers l'âge de deux ou trois ans par des difficultés
à marcher, en particulier à monter les escaliers. En l'absence de détection
précoce, la maladie est généralement diagnostiquée vers 3 ou 5 ans. En raison
de l'accroissement des contractures au niveau du pied, du genou et des hanches,
les patients deviennent incapables de marcher vers l'âge de 10 à 12 ans.
Augmentation des déformations de la colonne vertébrale, scoliose et restrictions
de mouvement les rendent bientôt entièrement dépendants de soins intensifs.
Les fonctions cardiaques et respiratoires étant touchées, ils décèdent à un âge
adulte jeune d'une insuffisance cardiaque et circulatoire. Des opérations
orthopédiques précoces destinées à éviter les contractures et les déformations
de la colonne, ainsi que le recours à des aides respiratoires et à d'autres
mesures, peuvent améliorer la qualité de vie et prolonger notablement
l'espérance de vie.
Le diagnostic génique
Méthodes génétiques
pour diagnostiquer la dystrophie musculaire de Duchenne et de Becker
chez un garçon, au cours d'une grossesse à risque et pour la détermination
du statut de porteur chez une femme. Détection précoce dans la petite enfance.
Diagnostic de la dystrophie musculaire de Duchenne chez un garçon:
Pour une analyse
génique, on a besoin d'un échantillon de sang contenant des leucocytes.
Ces globules blancs possèdent des noyaux qui contiennent l'ADN, le matériel
héréditaire, ce qui n'est pas le cas des globules rouges. On isole les globules
blancs et on en extrait l'ADN.
Comme près de 60% des patients ont des délétions d'un ou
plusieurs exons dans leur gène de la dystrophine, on commence par rechercher
ces délétions qui peuvent se trouver n'importe où sur le gène, mais qui sont
plus nombreuses dans certaines régions que dans d'autres. Généralement, on
commence par amplifier (multiplier) 19 exons sélectionnés parmi les 79 que
compte le gène de la dystrophine. Normalement, on n'amplifie pas tous ces 19
exons en même temps, mais par réactions multiplex, par groupes de 4 à 6 exons.
On peut ainsi détecter 98% de toutes les délétions. Dans deux
tiers de ces cas, on peut déjà en déduire si le cadre de lecture est oui ou non
perturbé et prédire ainsi si le patient a une dystrophie de Duchenne ou de
Becker. Pour le troisième tiers, il est nécessaire d'amplifier davantage
de gènes.
L'amplification est réalisée par la réaction en chaîne de la
polymérase, ou PCR, qui requiert des amorces pour chaque exon. Les amorces sont
des petites séquences d'ADN synthétisées qui se fixent au début et à la fin
d'une séquence d'exon. Les petits fragments de gène ainsi obtenus sont séparés
par électrophorèse car ils migrent à différentes distances dans une couche de
gel et peuvent ensuite être rendus visibles sous forme de bandes de gel
disposées comme les barreaux d'une échelle, mais à des distances variables.
Chaque bande correspond à un des 79 exons. Une délétion se manifeste par
l'absence d'une ou plusieurs de ces bandes.
Si aucune délétion n'est trouvée, il est probable qu'il y ait
une mutation ponctuelle. Pour le confirmer sans équivoque, il faudrait
déterminer les séquences de base de la plupart des exons. De telles
déterminations séquentielles sont toutefois très pénibles et ne sont pas
encore proposées en tests de routine. Dans ces cas, un diagnostic final
ne peut être posé qu'après examen de tissu musculaire obtenu par biopsie.
Ce n'est alors pas le gène de la dystrophine qui est analysé, mais
la dystrophine elle-même par une réaction de Western-Blot.
Dans cette technique, les protéines, après avoir été isolées par
électrophorèse, sont transférées sur un autre support par buvardage, pour
y être rendues visibles à l'aide d'anticorps. Ou bien, des anticorps
fluorescents sont fixés sur la dystrophine et peuvent ensuite être détectés
au microscope sous la forme d'une ligne brillante entourant les cellules
musculaires saines. Dans la dystrophie de Duchenne, on ne la voit pas,
ou à l'état de traces, et dans la dystrophie de Becker, ces lignes sont
souvent effilochées, interrompues et le plus souvent bien plus faibles que
la normale.
Si une analyse génique donne un résultat sans équivoque,
une biopsie musculaire n'est souvent pas nécessaire. On peut ainsi éviter
cette intervention chirurgicale aux petits enfants. Toutefois, si une biopsie
musculaire est nécessaire, on peut alors pratiquer une biopsie à l'aiguille
sous anesthésie locale.
Diagnostic prénatal:
Pour un diagnostic
prénatal de la dystrophie de Duchenne, il faut généralement une raison précise,
le plus souvent parce qu'il y a, ou qu'il y avait, déjà un malade dans la
famille. Pour un diagnostic fait en début de grossesse, il faut obtenir
du tissu de l'enfant à naître, soit par une biopsie des villosités choriales
au cours de la 10e à la 12e semaine de grossesse ou par une amniocentèse
dans la 13e à la 16e semaine.
Dans la biopsie des villosités choriales, on aspire un petit
bout du futur placenta au travers d'une mince canule. Si on a la certitude
d'avoir obtenu des cellules de l'enfant, on peut utiliser les tissus
directement pour l'analyse. Les risques que cette intervention provoque
une interruption de grossesse involontaire sont d'environ 3 à 5 %.
L'avantage d'une amniocentèse est que le risque d'avortement est plus faible,
moins de 1 %. Le désavantage est que les quelques cellules de l'enfant présentes
dans le liquide amniotique doivent d'abord être multipliées en laboratoire et
il faut parfois attendre jusqu'à 3 semaines avant de pouvoir commencer
l'analyse, c'est-à-dire entre la 15e et la 18e semaine.
Si l'on a obtenu suffisamment de cellules de l'enfant, on
commence par examiner les chromosomes, ce qui permet de déterminer le sexe de
l'enfant. Si c'est une fille, on ne poursuit généralement pas l'examen parce
que les conséquences d'être porteuse de la maladie de Duchenne devront être
discutées avec la jeune fille quand elle sera en âge de les comprendre et
de prendre ses décisions par elle-même.
Si l'enfant à naître est un garçon, on pratique alors une
analyse génétique en utilisant les techniques décrites pour le diagnostic
postnatal.
Diagnostic des porteuses génétiques:
Si on connaît
avec exactitude la mutation d'un garçon victime de la maladie de Duchenne, on
peut rechercher la même mutation chez la mère et dans sa parenté féminine.
Techniquement, ceci est plus difficile que chez les garçons parce qu'un seul
des deux chromosomes X d'une femme peut porter la mutation. Si elle est porteuse
génétique, l'intensité des bandes provenant de l'électrophorèse n'est diminuée
que de moitié en présence d'une ou plusieurs délétions. Cependant, il n'est
pas facile de contrôler l'amplification des exons. Et il est souvent difficile
de détecter avec certitude les différences d'intensité des bandes.
C'est pourquoi, l'analyse fait souvent appel à des marqueurs
polymorphes. Ce sont des séquences d'ADN situées dans les introns entre les
exons, presque toujours disposées différemment sur un chromosome donné et
qui ont aussi des longueurs différentes, ce qui permet de distinguer les
deux chromosomes. Ces séquences de marquage n'ont rien à voir avec la maladie,
elles sont caractéristiques de chaque individu et peuvent aussi être amplifiées
par la technique de la PCR et être ensuite identifiées sans équivoque après
électrophorèse.
Si un garçon présente une délétion dans le gène de la
dystrophine, il ne manque pas seulement un ou plusieurs exons, mais aussi
les marqueurs dans les introns entre eux. Chez une femme, on peut vérifier
si ces marqueurs manquent aussi sur l'un de ses chromosomes X. Si, comme chez
son fils, ces marqueurs sont absents, la probabilité est alors grande qu'elle
ait la même délétion que lui sur l'un de ses chromosomes X. Elle est donc une
porteuse génétique. Si elle ne l'est pas, elle doit avoir d'autres marqueurs
dans cette région.
On peut aussi utiliser les marqueurs d'ADN si le patient de
la famille n'a pas de délétion. Mais alors, on ne sait pas à quoi ressemble
la mutation. Mais, connaissant la disposition des marqueurs, il est possible
de dire sur quel chromosome X de la mère se trouve le gène muté dont son fils
malade a hérité. Dès lors, chaque femme de la famille porteuse du même
chromosome X risque d'être une porteuse génétique.
Cette méthode indirecte est utilisée depuis bientôt 20 ans;
on connaît toutefois maintenant beaucoup d'autres marqueurs. C'est pourquoi,
on peut presque toujours distinguer les deux chromosomes X d'une femme l'un
de l'autre et il est rare de nos jours qu'une famille soit non-informative.
Si, toutefois, aucune de ces méthodes ne réussit, on peut,
il y a des cas où on peut marquer certaines régions de gènes sur le
chromosome X au moyen de sondes géniques fluorescentes et vérifier ensuite
au microscope la présence ou l'absence de points lumineux qui représentent
des régions de gènes normaux ou délétés. Mais cette méthode,
appelée FISH (fluorescence in situ hybridization) n'est utilisable
que si certaines délétions spécifiques ont eu lieu dans la famille.
Analyse séquentielle de routine du gène de la dystrophine:
Grâce à une
nouvelle technique analytique appelée SCAIP
(single condition amplification/internal primer), il va être possible,
à l'avenir, d'analyser de façon routinière avec certitude les mutations
ponctuelles en l'espace de trois jours, ainsi que les petites délétions et
toutes les autres mutations. Dans cette méthode, tous les exons du gène de
la dystrophine, toutes les zones limites intron-exon avec les signaux
d'épissage et tous les promoteurs sont entièrement séquencés. Toutes ces
régions de gènes, formant ensemble une chaîne de quelque 110.000 paires
de bases, sont amplifiées avec leurs amorces particulières en une seule
réaction de PCR, puis soumises à une micro-électrophorèse. Ceci permet
de déterminer toutes les délétions d'exons et de promoteurs, y compris
ceux qu'on ne voit pas avec les autres méthodes. La séquence de bases de
chaque fragment de gène est ensuite déterminée automatiquement au moyen
d'amorces de séquençage individuelles pour détecter les mutations
ponctuelles.
Comme cette méthode détecte aussi toutes les mutations
des porteurs de la maladie de Duchenne, elle permettra d'améliorer le conseil
génétique. Des données sont rassemblées qui permettront de prédire l'évolution
clinique d'une dystrophie musculaire de Duchenne ou de Becker sur la base d'une
délétion, d'une duplication ou d'une mutation ponctuelle définie. Pour ceci,
de nombreux patients devront être soumis à des examens cliniques et
génétiques (Flanigan, Salt Lake City).
Détection précoce chez les bébés
(sans technique génique):
En Allemagne,
on détecte la dystrophie musculaire de Duchenne et de Becker, sur des bébés
âgés de 4 semaines à 1 an n'ayant pas encore de symptômes cliniques, au moyen
d'un programme de criblage de la CK volontaire au cours duquel on détermine
l'enzyme CK (créatine kinase) dans une tache de sang séché. De 1974 à juillet
2003, plus de 500.000 bébés garçons ont été testés. Parmi eux, on a trouvé
178 garçons ayant des activités très élevées de CK. Chez ces derniers, on
a diagnostiqué, ou considéré comme probables, 136 cas de dystrophie musculaire
de Duchenne (1:3,700) et 28 cas de dystrophie musculaire de Becker (1:17,800).
La détection précoce permet aux parents de prendre à temps
les décisions qu'ils considèrent comme correctes, de sorte qu'aucun enfant
ayant la même maladie ne naisse dans la même famille ou dans les familles
du côté maternel. En outre, on évite le parcours du combattant qui exige
souvent plusieurs ans avant qu'on trouve un spécialiste des maladies musculaires.
Dans le futur, de tels programmes seront nécessaires parce que les progrès
de la recherche thérapeutique conduiront à des études impliquant des patients
très jeunes n'ayant aucun symptôme clinique et dont les muscles sont encore
largement intacts (Scheuerbrandt, Breitnau/Fribourg).
Possibilités thérapeutiques
Stratégies de recherche d'un
traitement causal.
Il n'existe encore aucun traitement de la dystrophie musculaire de Duchenne.
Pour guérir
la dystrophie musculaire de Duchenne, conséquence de la mutation qui a
endommagé le gène de la dystrophine, la dégénérescence musculaire doit être
stoppée ou tout au moins atténuée. La recherche tente de le faire au moyen de
la thérapie génique ou de la thérapie médicamenteuse. Le terme "thérapie génique"
signifie que l'on introduit dans chaque cellule musculaire toutes les sections
actives, les exons, du gène intact de la dystrophine, son ADNc, ou certaines de
ses parties, ou que le dommage spécifique du gène est réparé par des techniques
génétiques. La thérapie médicamenteuse consiste à administrer une substance
chimique ordinaire, un médicament normal, qui n'a rien à voir avec un gène,
pour bloquer ou ralentir la dégénérescence musculaire. Dans ces deux approches,
des progrès ont été réalisés au cours de ces quelques dernières années.
Il n'y a pas encore de thérapie:
En dépit de
ces progrès, on n'a pas encore développé de thérapie génique ou médicamenteuse
qui permette de traiter les garçons atteints de la maladie de Duchenne. On a
trouvé un seul type de médicaments, trois stéroïdes étroitement apparentés,
la prednisone, la prednisolone, et le deflazacort, qui peuvent ralentir
la dégénérescence des muscles pendant une période limitée.
En raison de la gravité de la maladie, les familles des
patients, leurs médecins et le public en général sont désespérément à l'affût
du moindre résultat positif de la recherche et les médias, principalement les
journaux et la télévision, même les plus responsables, ont tendance à exagérer
de petits progrès en les qualifiant d'avancées importantes. Mais les
scientifiques eux-mêmes manifestent souvent un optimisme exagéré et peuvent
déclarer que des résultats obtenus dans des expériences chez l'animal sont
des victoires thérapeutiques, suscitant de faux espoirs. Pas un seul garçon
atteint de la dystrophie de Duchenne n'a été guéri.
Transfert d'un nouveau gène de la dystrophine
On peut transférer dans les cellules musculaires les exons
du gène de la dystrophine, entier ou raccourci, à l'aide de virus, plasmides
ou myoblastes. Il faut éviter les réactions immunitaires.
Il apparaît raisonnable de penser que le transfert, le transport, de
quantités suffisantes du gène intact de la dystrophine dans les noyaux de
cellules de muscle dystrophique pourrait guérir de la maladie. Il faut pour
cela que l'information génétique des nouveaux gènes soit utilisée par les
ribosomes effectuant la synthèse des protéines pour produire des quantités
assez grandes de dystrophine fonctionnelle, qui doit ensuite migrer vers
son emplacement normal sous la membrane cellulaire, pour être incorporée
normalement dans le complexe serré dystrophine-glycoprotéine des costamères.
La souris dystrophique:
La majorité des
expériences de transfert de gènes se font avec un type d'animal de laboratoire:
la souris mdx dystrophique, qui porte une mutation ponctuelle sur le nucléotide
3185 dans l'exon 23 de son gène de la dystrophine. Cette mutation a changé
un codon CAA, qui signifie l'acide aminé glutamine, en un codon TAA, qui
est un codon stop, de sorte que la synthèse de la dystrophine s'arrête
prématurément et que la souris n'a pas de dystrophine fonctionnelle dans
ses muscles. Toutefois, ces souris ne perdent pas leurs muscles car elle
ne développent pas de fibrose, une prolifération du tissu conjonctif,
comme les garçons atteints de la maladie de Duchenne, si bien que les
processus dégénératifs causés par la maladie ne l'emportent pas sur la
régénération.
Bien que le transfert de gènes puisse être étudié chez ces
souris, il faut se souvenir que les résultats obtenus avec ces souris ne peuvent
pas être considérés comme applicables aux enfants sans que l'on fasse des études
cliniques sur des patients atteints de la maladie de Duchenne.
Un enfant n'est pas une grande souris!
Le chien dystrophique:
Certaines
expériences ont été faites chez le chien dystrophique, le chien GRMD
(golden retriever muscular dystrophy), qui, contrairement à la souris,
présente une dystrophie musculaire semblable à la dystrophie de Duchenne. Ces
chiens sont vraiment handicapés et donc difficiles à élever et à conserver.
Leur gène de la dystrophine porte une mutation ponctuelle dans le site récepteur
d'épissage de l'intron 6, ce qui entraîne une délétion de l'exon 7 dans l'ARNm,
un déplacement du cadre de lecture et un codon stop prématuré.
Transfert de gènes avec des adénovirus:
Pour que l'on
puisse transférer un gène, il faut un transporteur, un vecteur de gène.
Une façon de transférer du matériel génétique dans des cellules vivantes consiste
à l'emballer dans des virus qui sont composés d'un ruban de leurs propres gènes
enveloppés dans une enveloppe protéique. Ils s'attachent à la surface d'une
cellule vivante, introduisent leurs gènes dans la cellule et utilisent ensuite
le propre appareil de synthèse de la cellule pour se reproduire.
Dans la recherche sur la maladie de Duchenne, on utilise
essentiellement deux types de virus comme vecteurs de gènes, l'adénovirus et
le virus adéno-associé, dix fois plus petit. Ces virus ne peuvent plus se
multiplier à l'intérieur des cellules cibles car les scientifiques ont éliminé
presque tous leurs gènes. Le virus le plus avantageux semble être l'adénovirus
évidé, pratiquement vide, qui ne contient aucun de ses propres gènes et a donc
de la place pour près de 36.000 lettres génétiques étrangères, suffisantes pour
coder tout l'ADNc contenant l'information entière de la protéine dystrophine.
Avec ces virus évidés, de la dystrophine nouvelle a été synthétisée dans près
de 30% des fibres musculaires d'une souris dystrophique, phénomène qui a été
suivi d'une amélioration de la fonction musculaire tant chez la souris jeune
que chez la souris plus âgée. (Lochmüller, Munich; Chamberlain, Seattle).
Deux gènes dans le même virus:
Dans des
expériences récentes, deux ADNc de dystrophine de souris ont été introduits
dans chacun des virus évidés, c'est-à-dire deux fois l'ensemble des 79 exons
sans les introns, ainsi que deux séquences géniques supplémentaires, le très
puissant promoteur du cytomégalovirus et le promoteur de la béta-actine. Ces
vecteurs ont été injectés dans le muscle tibial antérieur de souris mdx
nouveau-nées et de jeunes souris âgées de 4-6 semaines. Au bout de 30 jours,
42 % des cellules du muscle traité des souris nouveau-nées avaient de la
nouvelle dystrophine qu'on pouvait encore détecter 6 mois plus tard. Chez
les jeunes souris, 24 % des cellules musculaires avaient de la nouvelle
dystrophine au bout de 30 jours, dont la quantité avait cependant diminué
de moitié au bout de 6 mois. Seules les jeunes souris ont eu de légers
problèmes immunitaires. A l'heure actuelle, ces nouveaux vecteurs sont les
vecteurs les plus efficaces pour le traitement de la dystrophie musculaire
de Duchenne par thérapie génique (Karpati, Montréal).
Transfert de gènes avec les virus adéno-associés:
Les petits virus
adéno-associés peuvent uniquement transporter du matériel génétique qui
ne dépasse pas 5.000 nucléotides environ, ce qui correspond à un tiers de
l'ADNc complet de la dystrophine. Leur avantage réside dans le fait qu'ils
transfèrent le gène plus efficacement que l'adénovirus normal. Le désavantage
est le fait que l'ADNc à transférer doit être considérablement raccourci
de façon à pouvoir se loger dans ce petit vecteur. Les patients souffrant de
la dystrophie musculaire de Becker, qui progresse beaucoup plus lentement
que la dystrophie de Duchenne, ont dans leurs muscles une dystrophine
raccourcie de la sorte. Par conséquent, une éventuelle thérapie génique
transférant l'un de ces mini-gènes de Becker ne guérirait pas complètement
la dystrophie musculaire de Duchenne, mais la transformerait en la forme
de Becker, bénigne.
Afin de déterminer lesquelles des quatre régions de la
protéine de dystrophine normale sont importantes - les deux extrémités, la
région riche en cystéine ou le bâtonnet central, des expériences approfondies
ont été effectuées, dans lesquelles des souris dystrophiques ont été
génétiquement modifiées de façon à exprimer dans leurs muscles l'une des
neufs différentes dystrophines raccourcies.
L'on savait déjà qu'une partie de la région centrale en forme
de bâtonnet pouvait être éliminée sans perte de fonction. L'analyse détaillée
de la structure tridimensionnelle a révélé maintenant quelles parties spécifiques
de la structure en forme de bâtonnet peuvent être détruites sans perte
significative de la fonction de protection du muscle. L'une des dystrophines
raccourcies, qui avait à peu près la moitié de la longueur de la protéine
normale, avait pratiquement les mêmes propriétés que la protéine intacte.
Le transfert de ce gène de dystrophine raccourcie et de certains autres,
au moyen de virus adéno-associés dans les muscles de souris mdx a prévenu,
et en partie éliminé, les symptômes de la dystrophie. Ces résultats ont montré
que des modifications spécifiques de la dystrophine pouvaient générer de
nouvelles protéines qui sont significativement plus petites, mais plus
fonctionnelles, que les dystrophines raccourcies naturellement des patients
atteints de la dystrophie musculaire de Becker (Chamberlain, Seattle).
Si 30% environ de la quantité normale de dystrophine intacte
réapparaissent, des mesures effectuées sur le diaphragme de souris indiquent
que la fonction musculaire s'améliore aussi. De même, le transfert du mini-gène
entraîne une amélioration de la fonction musculaire. En outre, ces expériences
ont montré que le transfert de gènes donne de meilleurs résultats chez l'animal
jeune car il y a moins de problèmes de rejet immunitaire et, après une injection
unique, la dystrophine néo-synthétisée reste plus longtemps dans les muscles
que chez l'animal adulte. Après une application unique à des souris nouveau-nées,
la dystrophine néo-synthétisée peut encore être détectée une année plus tard.
Dans la perspective d'une application future à l'homme, cela
signifie que les patients devraient être traités dès que possible après la
naissance, lorsque leurs muscles sont encore largement intacts
(Clemens, Pittsburgh).
Transfert de gène par la voie de la circulation sanguine:
Dans les
expériences décrites jusqu'ici, des solutions de virus contenant le gène de
la dystrophine étaient injectées directement dans les muscles de l'animal.
Pour que tous les muscles, même ceux du cœur et des poumons, puissent être
atteints, des expériences sont en cours visant à développer un traitement
systémique, c'est-à-dire un traitement offrant la possibilité d'injecter les
virus dans la circulation sanguine. Afin de s'assurer que la nouvelle
dystrophine n'est synthétisée que dans les cellules musculaires, l'on ajoute
une autre séquence génétique au gène de la dystrophine dans le virus,
le promoteur de la CK, long de 1.354 nucléotides qui active normalement
le gène d'une protéine musculaire, la créatine kinase. Ce promoteur garantirait
que le nouveau gène de la dystrophine est activé uniquement dans les cellules
musculaires et non ailleurs.
Pour étudier si de telles stratégies donneraient des résultats
chez l'animal vivant, on a créé des souris mdx transgéniques qui possédaient
un gène supplémentaire inséré dans leurs chromosomes. Il s'agissait d'un gène
de la dystrophie de Becker souvent utilisé qui, avec ses 6.300 nucléotides, a
la moitié de la longueur d'un gène normal et qui était précédé par un promoteur
de la CK contenant 1.354 nucléotides. De la dystrophine raccourcie a alors été
présente durant toute la vie des souris, soit jusqu'à 24 mois, ceci en quantités
suffisantes pour améliorer tous les symptômes cliniques mesurables.
La nouvelle protéine n'est apparue que dans les muscles des
souris transgéniques, nettement plus dans les muscles rapides que dans les
muscles lents. Les muscles rapides, qui travaillent immédiatement mais pas de
façon continue, obtiennent leur énergie de la glycolyse, c'est-à-dire de la
dégradation rapide du glucose qui n'utilise pas d'oxygène. L'énergie des muscles
lents qui travaillent continuellement provient des enzymes de la chaîne
respiratoire, "l'oxydation" lente des substances organiques par l'oxygène.
Comme les muscles rapides sont les premiers détruits par la dystrophie
musculaire, la présence prédominante de nouvelle dystrophine dans ces muscles
rapides permet justement d'améliorer cette première conséquence de la maladie.
Des tests ont montré que seuls 20 à 30% de la quantité normale de dystrophine
avaient une activité thérapeutique notable.
Pour ces expériences avec des souris transgéniques, on a
introduit le gène de la dystrophine de Becker avec le promoteur de la CK dans
les cellules germinales par insémination artificielle et manipulation génétique,
de sorte qu'on le retrouve dans le patrimoine génétique transmis à la descendance
de ces souris. Cette technique ne peut évidemment être appliquée à l'homme.
Pour soigner les enfants malades, il faudrait pouvoir transporter le gène avec
son promoteur par une technique de transplantation génique au moyen d'un
vecteur juste après la naissance et dans tous les muscles, si possible
(Lochmüller, Munich).
Amplification du transfert de gène désiré:
Les virus se
lient à des structures spécifiques sur la membrane cellulaire, les récepteurs
de coxsackie et des adénovirus, à partir desquels ils pénètrent ensuite, à
travers la membrane, à l'intérieur de la cellule musculaire. Toutefois,
ces récepteurs sont plus nombreux sur les cellules en phase de développement
ou de régénération. A l'inverse, ils sont réprimés, moins nombreux, dans les
muscles arrivés à maturité qui ne se divisent plus. Ainsi, le transfert de gènes
au moyen de vecteurs adénoviraux est plus efficace dans les cellules musculaires
qui se divisent.
Pour surmonter ce handicap, on a produit des souris
transgéniques qui expriment ces récepteurs en grand nombre à la surface des
fibres musculaires matures. Le résultat a été un transfert 10 fois plus efficace
du gène de la dystrophine (Holland, Montreal; Lochmüller, Munich).
Comme on ne pouvait multiplier les récepteurs à virus sur les
cellules musculaires d'un patient que par d'autres techniques géniques, on a,
au vu des risques, produit des protéines "helper". Dans ce cas, il s'agissait
d'anticorps monoclonaux faits d'une seule sorte de molécules pouvant se lier
très spécifiquement, par une de leurs extrémités, à d'autres récepteurs plus
nombreux. Par leur autre extrémité, ces protéines du système immunitaire
pouvaient se lier aux protéines enveloppes modifiées des adénovirus. Pour
réaliser cette liaison, il a fallu introduire dans les adénovirus, par
manipulation génétique, une information supplémentaire pour une chaîne de 33
acides aminés provenant d'une bactérie.
Ces adénovirus ont alors pu se fixer, par l'intermédiaire du
pont d'anticorps, sur les récepteurs de l'intégrine et des nerfs (NCAM) qui
étaient bien plus nombreux que les adénorécepteurs. Cette méthode a permis
le passage de 77 fois plus d'adénovirus dans la cellule musculaire au travers
de la membrane que précédemment. Avec cette nouvelle technique, qu'on peut
utiliser aussi contre d'autres maladies, on n'a transporté que le gène
qui produit la béta-galactosidase, une protéine facilement détectable. Des
expériences de transfert du gène de la dystrophine sont en préparation
(Kochanek, Cologne).
Transfert de gènes nus:
Dans cette technique,
le matériel génétique, l'ADN, à transférer n'est pas incorporé dans un virus,
mais dans des plasmides, qui sont de petites structures d'ADN circulaire
dépourvues de protéines, que l'on trouve parfois en grandes quantités dans
les bactéries, où elles confèrent principalement la résistance aux antibiotiques.
L'avantage de ce type de transfert de gènes réside dans le fait que les plasmides
ne contiennent pas de protéines mais uniquement du matériel génétique,
de l'ADN nu, de sorte qu'aucune réaction immunitaire ne se développe
contre le matériel du vecteur.
Des expériences ont été faites avec des plasmides contenant
des gènes marqueurs ou rapporteurs, des gènes dont les protéines peuvent être
détectées dans le tissu musculaire par coloration ou par production de lumière,
de sorte qu'il est facile de contrôler si une expérience de transfert a réussi.
Lorsque des volumes relativement grands d'une solution de ces plasmides ont
été injectés sous pression dans les artérioles des membres de rats et de singes
rhésus, les gènes rapporteurs beta-galactosidase et luciférase ont été transférés
dans près de 20% des fibres musculaires après une seule injection et dans près
de 40% des fibres musculaires après des injections répétées. La pression a
été produite en bloquant l'efflux de sang veineux d'un membre pendant une brève
période. Des expériences de transfert du gène de la dystrophine chez la souris
mdx, le singe et le chien GRMD sont actuellement en cours
(Wolff, Madison; Braun, Strasbourg). En France, des études
cliniques avec des garçons souffrant de la maladie de Duchenne ont débuté.
Elles sont décrites sous "Etudes cliniques".
Expériences effectuées pour surmonter les problèmes immunologiques:
L'ADN sous
forme de plasmide ne contenant pas de protéines, le transfert de gènes au moyen
de ces ADN nus permet aussi d'examiner les éventuels problèmes de réponses
immunitaires à la nouvelle dystrophine créée sans qu'il y ait d'interférences de
la part d'autres protéines, qui sont introduites lorsque l'on utilise d'autres
méthodes de transfert de gènes au moyen des vecteurs viraux et cellulaires.
Des études sur la souris mdx ont montré que des réponses
immunitaires étaient générées contre la dystrophine humaine mais non contre
la dystrophine de souris, malgré l'absence de dystrophine normale dans les
muscles de la souris. L'absence de réponse immunitaire contre la dystrophine de
souris peut avoir été due à la présence d'autres formes de dystrophine. Ces
résultats suggèrent que les réponses immunitaires au transfert de gène de la
dystrophine ne représentent peut-être pas un problème particulier chez les
patients atteints de la dystrophie de Duchenne, en particulier chez ceux qui
portent des mutations ponctuelles qui n'interfèrent pas avec la synthèse des
autres formes de dystrophine. Le travail expérimental actuel vise à déterminer
laquelle des autres dystrophines doit être présente pour permettre une tolérance
immunitaire à l'apparition d'une nouvelle dystrophine de type musculaire après
transfert de gène (Wells, Londres).
Essais avec des cellules souches
Parmi les cellules satellites et les myoblastes des muscles,
les cellules de la peau et les vaisseaux sanguins, il y a les cellules souches
qui peuvent former de nouveaux muscles ou les régénérer.
Des cellules souches sont
présentes dans de nombreux tissus du corps, notamment dans les muscles
squelettiques et la moelle osseuse. Ce sont des cellules non spécialisées
qui peuvent se différencier pour donner un grand nombre de cellules
spécialisées, comme par exemple des cellules souches de moelle osseuse qui
peuvent se transformer en divers types de cellules sanguines ou les cellules
souches musculaires qui peuvent donner de nouvelles cellules musculaires.
Ces cellules pluripotentes sont des cellules souches somatiques ou
adultes, par opposition aux cellules souches embryonnaires, qui sont
totipotentes et peuvent donc se différencier en tous les types de
cellules du corps et de cellules germinales. La recherche sur les cellules
souches pour trouver un traitement à la dystrophie de Duchenne n'utilise
que des cellules souches adultes d'animaux de laboratoire, ce qui permettra
d'éviter les problèmes liés à l'utilisation de cellules souches embryonnaires
humaines.
Cellules souches de muscles squelettiques:
A la surface
des cellules musculaires, on trouve des cellules satellites, appelées aussi
"cellules myogéniques" ou "myoblastes", qui, après avoir subi une activation
en plusieurs stades intermédiaires, sont capables de former de nouveaux muscles
ou de réparer des muscles endommagés. Pour déterminer si ces cellules dites
"de sûreté" sont des cellules souches en partie ou en totalité, des cellules
satellites des muscles squelettiques de souris nouveau-nées ont été isolées. On
a trouvé qu'elles étaient de trois types, dont surtout les cellules myogéniques
appelées EP et LP qui sont déjà très spécialisées. Celles du troisième type sont
les muscle derived stem cells (cellules souches du muscle) ou MDSC. Elles sont
très rares, une seule cellule MDS sur 100.000 cellules satellites. Mais ces
cellules rares sont pluripotentes, c'est-à-dire qu'elles peuvent se différencier
en cellules musculaires aussi bien qu'en cellules nerveuses ou en cellules
pariétales pour des nouveaux muscles. Enfin, elles peuvent être mises en culture
pendant longtemps.
Ces cellules MDS ont été multipliées en laboratoire et 400.000
d'entre elles injectées en un bolus de 25 microlitres (1/40 de centimètre cube)
dans un muscle de souris mdx vivantes. Afin de déterminer en quoi les cellules
EP plus spécialisées diffèrent des cellules myogéniques normales, les premières
ont aussi été injectées à des souris mdx dans les mêmes conditions.
Chez les souris traitées avec les cellules EP, 130 muscles
contenaient de la nouvelle dystrophine au site d'injection au bout de 30 jours,
mais après 90 jours, celle-ci avait en grande partie disparu. Chez ces souris,
on a constaté un rejet immunitaire par les lymphocytes, probablement responsable
de la disparition progressive de la nouvelle dystrophine.
Contrairement aux résultats ci-dessus, 1.500 cellules
musculaires traitées avec des cellules MDS contenaient de la nouvelle
dystrophine au site d'injection, en quantité 10 fois supérieure à celle qui
a résulté de l'injection de cellules EP. Même au bout de 90 jours, la nouvelle
dystrophine était encore présente dans toutes ces cellules pratiquement. Dans
ce cas, il n'y a eu aucun rejet immunitaire, bien que les souris réceptrices
n'aient reçu aucun traitement immunosuppresseur.
Comme les cellules souches utilisées dans ces expériences ont
été prélevées sur des souris nouveau-nées normales, cette technique ne pourra
probablement pas être appliquée telle quelle aux enfants atteints de la
dystrophie musculaire de Duchenne. Ces résultats pourraient avoir toutefois
une influence sur les essais sur les myoblastes repris récemment
(Huard, Pittsburgh; Wernig, Bonn).
Cellules souches de moelle osseuse, de muscles et de peau:
La fin de la
dernière décennie a vu les premiers essais conduits avec des cellules souches
de moelle osseuse et des cellules satellites de muscle. Dans toutes ces
expériences, les cellules souches ont été extraites de souris mâles normales
avec des gènes normaux de la dystrophine et injectées dans la veine caudale de
souris mdx femelles. Celles-ci étaient homozygotes, c'est-à-dire que les gènes
de dystrophine de leurs deux chromosomes X portaient une mutation qui les
empêchait de produire leur propre dystrophine. Le devenir des cellules injectées
a pu être suivi par la détection du chromosome mâle Y. Les souris femelles
durent recevoir des doses létales de rayons X pour prévenir toute réaction
immunitaire. Le transfert de cellules souches a régénéré la moelle épinière
des souris.
Pour commencer, on a injecté 10 à 50 millions de cellules
provenant de moelle osseuse non traitée. Trois mois plus tard, on a pu détecter
de la dystrophine dans près de 10 % des cellules musculaires des souris.
Certaines cellules contenant cette dystrophine contenaient aussi des chromosomes
Y, preuve que les cellules de moelle osseuse provenant des souris mâles normales
étaient venues au travers de la circulation sanguine et avaient fusionné avec les
cellules musculaires des souris mdx. Ces cellules avaient amené avec elles
l'information pour la dystrophine normale qui a ensuite servi à la production
de dystrophine fonctionnelle. Il était important de prouver que la nouvelle
dystrophine n'était pas le résultat d'une réversion, c'est-à-dire de l'omission
spontanée d'un exon, ce qui arrive parfois chez les souris mdx ainsi que chez
les garçons victimes de la dystrophie musculaire de Duchenne.
Pour déterminer quelle partie des cellules de moelle osseuse
a les propriétés des cellules souches, on a pu isoler une petite population de
cellules excluant le colorant Hoechst 33343, ou population SP, du mélange
cellulaire originel en utilisant la méthode dite FACS, pour
fluorescence-activated cell sorting. Comme ces cellules SP avaient
des propriétés de cellules souches, elles ont été utilisées à d'autres
expériences.
Trois mois après injection de seulement 2.000 à 5.000 de ces cellules SP de
moelle osseuse, près de 4 % des cellules musculaires des souris mdx avaient
de la dystrophine fonctionnelle. De la même manière, on a isolé des cellules
souches musculaires SP dans des cellules musculaires satellites, et 7.000 à
20.000 d'entre elles ont été injectées dans la circulation sanguine
de souri mdx femelles. Au bout d'un mois, 5 à 9 % de leurs cellules musculaires
contenaient de la dystrophine normale et certaines avaient aussi des
chromosomes Y.
Ces expériences ont été renouvelées en 2002/2003 et étendues
à des cellules souches prélevées de la peau. L'avantage de les prendre de la
peau est que les tissus cutanés sont plus facilement accessibles que les tissus
musculaires et que les animaux récepteurs n'ont plus besoin d'être irradiés.
Une petite population de cellules excluant le colorant
Hoechst 33343 a été obtenue au moyen de la technique FACS à partir de cellules
de peau également, qui avaient les mêmes propriétés de surface, les mêmes
marqueurs, que les cellules souches musculaires SP. Les pourcentages de
cellules SP étaient maintenant de 0,1 % pour celles de moelle osseuse, de 0,7 %
pour celles de muscles, et 1,2 % pour celles de peau. Trois mois après
l'injection de 6.000 à 50.000 cellules SP de peau, 2,3 % des cellules musculaires
de souris femelles contenaient de la nouvelle dystrophine et quelques unes
contenaient aussi des chromosomes Y.
Cette expérience a démontré que des cellules souches pouvaient
être isolées de la peau et qu'elles pouvaient, après passage dans la circulation
sanguine, former de nouvelles cellules musculaires ayant de la dystrophine
normale. Cette technique n'est pas encore suffisamment efficace pour constituer
une thérapie utile, mais après optimisation, il devrait être possible de baser
sur elle une thérapie de la dystrophie musculaire de Duchenne (Kunkel, Boston).
Activation de cellules souches musculaires:
les cellules
souches avec des structures de surface spécifiques qui se trouvent dans des
muscles intacts, ne se sont pas développées en nouvelles cellules musculaires,
elles n'étaient pas myogéniques. Mais si les muscles étaient endommagés et si
les cellules musculaires se régénéraient d'elles-mêmes, alors le nombre de
cellules souches pouvait augmenter jusqu'à 10 fois. Ces cellules étaient alors
myogéniques, elles se transformaient en myoblastes et en nouvelles cellules
musculaires, comme l'ont montré des expériences sur des cultures cellulaires
et des souris. Cette activation était déclenchée par les protéines Wnt, une
famille de protéines transmetteurs de signaux qui semblent produites par les
cellules des muscles lésés et qui jouent aussi un rôle au cours du développement
embryonnaire (Rudnicki, Ottawa).
Plusieurs protéines Wnt ont maintenant été isolées et
caractérisées. Elles ont une longueur d'environ 400 acides aminés et contiennent
de l'acide palmitique, un acide gras qui semble jouer un rôle important dans la
transmission des signaux moléculaires (Nusse, Stanford).
Mésoangioblastes, les cellules souches des vaisseaux sanguins:
Un demi million
de cellules souches récemment détectées dans les vaisseaux sanguins de fœtus de
souris normales ont été injectées en une fois dans l'artère de pattes arrières
de souris. Ces souris étaient dépourvues d'une protéine du complexe de la
dystrophine, l'alpha sarcoglycane responsable chez l'homme d'une des nombreuses
dystrophies des ceintures. Une fois injectées, les cellules ont migré dans les
capillaires sanguins, traversé leurs parois cellulaires et de là, pénétré dans
tous les muscles de la patte ayant reçu l'injection, surtout dans les fibres en
régénération.
Dans les trois mois au moins qui ont suivi l'injection, du
nouveau sarcoglycane a été présent en quantités presque normales à nouveau. Il
en a été de même pour les nombreuses autres protéines du complexe de la
dystrophine également manquantes précédemment. Il n'y a pas eu de réaction de
rejet non plus. Après trois injections consécutives à 40 jours d'intervalle,
non seulement le défaut du gène était presque entièrement corrigé, mais la force
musculaire de la patte traitée était à nouveau pratiquement normalisée. Ici
aussi, on n'a eu aucun problème de rejet.
Pour vérifier si cette technique pouvait être éventuellement
employée dans la thérapie génique, on a isolé les mésoangioblastes de souris
"malades" et le gène de l'alpha sarcoglycane manquant a ensuite été transféré
au moyen de rétrovirus dans ces cellules souches déficientes. L'application
systémique de ces cellules traitées ex vivo a donné les mêmes résultats positifs
que ceux obtenus avec des cellules normales. Cependant, les rétrovirus, qui
s'insèrent dans les chromosomes avec le gène thérapeutique transporté, ne
devraient pas être utilisés sur l'homme en raison du risque qu'ils ne provoquent
un cancer.
Pour ces expériences, les cellules souches dérivées des vaisseaux sanguins ont
été extraites de souris non encore nées. Mais, s'il était possible de les
extraire aussi d'enfants atteints de la dystrophie musculaire de Duchenne,
ces résultat positifs inattendus signifieraient que nombre de problèmes liés
aux expériences actuelles de transfert de gènes pourraient être évités, comme
par exemple la faible efficacité, le rejet immunitaire et la nécessité de faire
de nombreuses injections dans tous les muscles qui peuvent être atteints.
Dans ces cellules extraites de patients, il faudrait pouvoir
transférer des gènes de la dystrophine intacts par une technique ex vivo en
utilisant les vecteurs connus, puis les multiplier en laboratoire et finalement,
les réinjecter dans les artères les plus importantes de l'enfant. Il est possible
qu'il faille répéter le traitement au bout de plusieurs mois, c'est pourquoi
il est important que ces cellules ne soient pas rejetées par le système
immunitaire. Un des avantages les plus importants avec cette technique serait
alors que tous les muscles pourraient être atteints, y compris les muscles
du cœur et de la respiration. Il s'agirait alors d'un traitement systémique
requérant relativement peu d'injections comparé aux autres approches de thérapie
génique (Cossu, Milan).
Une expérience de la nature sur les cellules souches:
A l'âge d'un
an, un garçon atteint de la dystrophie de Duchenne a reçu des cellules souches
de moelle osseuse de son père parce qu'il souffrait d'une autre maladie. Comme
il était encore capable de marcher à l'âge de 14 ans malgré un déplacement du
cadre de lecture causé par une délétion de l'exon 45, on s'est demandé si
c'étaient les cellules souches provenant de la moelle épinière qui avaient
fourni l'information nécessaire à la production de la nouvelle dystrophine.
Des examens effectués sur du nouveau matériel de biopsie ont toutefois montré
que les symptômes plus légers de la maladie n'étaient dus que pour une toute
petite partie à la transplantation, mais surtout par une délétion supplémentaire
spontanée de l'exon 44 qui fait que, dans l'ARNm, l'exon 46 suit directement
l'exon 43. Ce saut d'exon normalise le cadre de lecture. De la dystrophine peut
être produite à nouveau, mais elle est plus courte et provoque donc les symptômes
d'une dystrophie de Becker (cf. paragraphe omission d'un exon). Ainsi,
semble-t-il, au bout de 13 ans, une transplantation de moelle osseuse peut
contribuer dans une certaine mesure au traitement de la dystrophie musculaire
de Du-chenne, mais pas suffisamment pour modifier de façon significative le
cours de la maladie (Kunkel, Boston).
Thérapie cellulaire avec myoblastes:
Les muscles ont leurs propres cellules souches,
les cellules satellites ou myoblastes, qui, durant le développement ou la
réparation des muscles, fusionnent les unes avec les autres pour donner des
myotubes, puis de longues fibres musculaires. Parce que l'expression
"transfert de myoblastes" a été utilisée à tort et à travers, on préfère
aujourd'hui parler de cellules myogéniques plutôt que de myoblastes.
Dans les années 1990 et 1991, toute une série d'essais
cliniques ont été effectués chez des enfants atteints de la maladie de Duchenne
avec une technique qui avait montré des résultats positifs chez la souris mdx:
le transfert des myoblastes. Prélevées sur un donneur sain, le plus souvent
le père de l'enfant, et contenant donc le gène normal de la dystrophine, ces
cellules ont été injectées en de nombreux endroits, à 0,5 cm de distance,
directement dans des muscles dystrophiques, avec l'espoir que des cellules
musculaires avec dystrophine normale se forment. Ces expériences n'ont pas
réussi chez les garçons atteints de la maladie de Duchenne parce que les
myoblastes n'ont pas migré suffisamment loin des points d'injection, qu'il y
a eu des problèmes immunologiques et que, surtout, presque tous les myoblastes
injectés sont morts peu après (Karpati, Montréal et d'autres).
Nouveaux essais de transplantation de myoblastes:
Les expériences
se poursuivent pour tenter de déterminer pourquoi bien moins de 1% des myoblastes
transplantés dans des fibres musculaires dystrophiques survivent. On tente
actuellement de caractériser ces quelques cellules actives et de trouver la
manière de les distinguer des cellules inactives. C'est pourquoi, on est à la
recherche de signaux moléculaires, c'est-à-dire de substances particulières
dans les cellules musculaires capables d'activer les myoblastes
(Partridge, Londres).
Dans les premières expériences, seuls deux médicaments connus,
la cyclosporine A et le cyclophosphamide, avaient été utilisés pour supprimer
les réactions immunitaires chez les patients dystrophiques. A l'heure actuelle,
d'autres substances ont été étudiées dans des essais sur des singes. On a ainsi
montré que l'inhibiteur d'immunité FK506, seul ou associé à l'inhibiteur MMF,
prévenait beaucoup mieux les rejets pendant plusieurs mois. Une plus grande
densité de sites d'injection distants de 1 mm seulement et un plus grand nombre
de cellules transplantées ont contribué à ce que, chez les singes, jusqu'à 67 %
des cellules musculaires aient absorbé les myoblastes, elles sont alors devenues
des cellules musculaires hybrides (Tremblay, Québec City).
Une étude clinique utilisant la technique modifiée a débuté
au Canada (cf. section "Essais cliniques"). Dans d'autres laboratoires, aussi,
le travail est en cours pour améliorer cette technique de thérapie génique. On
a ainsi découvert que m144, une protéine du système immunitaire, prévenait la
mort immédiate des myoblastes après leur transplantation dans les muscles de
souris (Hodgetts, Crawley, Australie).
Essais de thérapie génique ex vivo:
En isolant des
myoblastes d'un patient atteint de la dystrophie de Duchenne, en y introduisant
le gène correct de la dystrophine et en réinjectant ensuite ces myoblastes,
on éviterait la plupart des problèmes immunologiques. Dans des expériences
préliminaires, l'électroporation a été utilisée pour transporter des plasmides
contenant le gène d'une protéine marqueur fluorescente à travers la membrane
cellulaire de myoblastes humains en culture. Cette technique perméabilise
temporairement les membranes par le biais d'une décharge électrique unique,
par exemple 400 V sur une distance de 4 mm. Dans les conditions optimales,
jusqu'à 70% des myoblastes ont été transférés avec le gène et ont exprimé
la protéine marqueur. La capacité des myoblastes à fusionner en myotubes,
un autre stade du développement musculaire, n'a pas été altérée.
(Bernheim, Genève)
Modification de l'information génétique (réparation du gène)
On répare les
mutations du gène de la dystrophine sur le chromosome X avec des oligoribonucléotides.
On omet des exons entiers pour permettre la restauration du cadre de lecture.
Les codons stop prématurés peuvent éventuellement être omis.
Des expériences
ont été entreprises, non pas pour introduire une séquence fonctionnelle du gène
de la dystrophine dans des cellules musculaires, mais pour modifier l'information
génétique défectueuse, en réparant donc la mutation. Une telle technique
présenterait quatre avantages importants: (1) on éviterait les risques liés à
un transfert de gènes par des virus, (2) ce n'est pas seulement la dystrophine
du muscle squelettique, mais aussi toutes les autres formes de dystrophine qui
seraient réparées, (3) la régulation tissulaire spécifique de la production de
dystrophine serait maintenue et (4) la fabrication de l'agent thérapeutique,
des oligonucléotides, serait probablement plus facile et moins coûteuse que
la production de vecteurs viraux contenant le matériel génétique à transporter.
Les oligonucléotides sont de courtes séquences spécifiques
d'ADN ou d'ARN, qui sont composées de quelques bases reliées entre elles par
des ponts ribose-phosphate ou désoxy-ribose-phosphate du squelette de l'acide
nucléique. Ils peuvent être produits de façon automatique.
Trois types de stratégies de réparation sont appliquées:
(1) la réparation de la mutation au niveau du gène lui-même, (2) la modification
de l'information génétique pendant la transcription en ARN par omission d'exon,
et (3) l'ignorance d'un codon stop prématuré.
Réparation du gène chez le chien GRMD:
Des essais de
réparation de mutations ponctuelles au niveau du gène sont effectués en utilisant
de courts oligonucléotides chimériques qui contiennent à la fois de l'ARN sur
un brin et de l'ADN sur l'autre. Le brin d'ADN des oligonucléotides chimériques
est parfaitement complémentaire de la séquence correcte du gène au site de
la mutation ponctuelle du gène, tandis que la portion d'ARN est parfaitement
complémentaire de la séquence mutée. Cela entraîne la formation de structures
appariées en quadruplex, des quadruples brins, qui sont capables de corriger une
si petite mutation en activant les mécanismes cellulaires naturels de réparation
de l'ADN.
Avec cette technique, un oligonucléotide d'ADN et d'ARN
complémentaire de la mutation au site d'épissage du gène de la dystrophine chez
le chien dystrophique GRMD a été injecté à un chien de 6 semaines affecté de
la maladie. Le muscle traité a présenté (1) des signes de restauration de l'exon
qui était absent du fait de la mutation, (2) la restauration de la région de
la protéine codée par l'exon manquant dans la protéine complète, dont il a été
observé qu'elle était localisée correctement dans la membrane du muscle,
et (3), fait très important, la démonstration que ce gène sur le
chromosome X avait été corrigé. La réparation de la mutation s'est
maintenue pendant presque une année chez ce chien (Bartlett, Bethesda).
Réparation du gène chez la souris mdx:
Dans une
expérience similaire, la mutation ponctuelle dans l'exon 23 de myoblastes de
souris mdx a été réparée in vitro et ces myoblastes ont ensuite fusionné
en myotubes qui ont produit de la dystrophine normale complète. Deux semaines
après une injection unique d'oligonucléotides dans les muscles de souris mdx,
de 1 à 2% des fibres se trouvant autour du site d'injection contenaient de
la nouvelle dystrophine, qui n'était pas de la dystrophine produite par
réversion, c'est-à-dire de la dystrophine normale résultant d'une suppression
spontanée de la mutation. Cette quantité de dystrophine nouvelle est restée
stable pendant 10 semaines au moins (Rando, Palo Alto).
Omission d'exon:
On tente au
moyen de cette technique de transformer une mutation de Duchenne en une mutation
de Becker. Cela peut se faire par induction du mécanisme d'épissage, qui élimine
les introns de l'ARN pré-messager, afin d'éliminer également un exon spécifique
après qu'une mutation ponctuelle ou une délétion a décalé le cadre de lecture
et provoqué ainsi une interruption prématurée de lecture. L'objectif de cette
approche est de restaurer le cadre de lecture perturbé.
Le gène avec sa mutation n'est pas modifié par
l'omission d'exon, seul l'ARN messager, l'ARNm, ne contient plus
l'information de l'exon omis. L'ARNm étant plus court que la normale, la
protéine de dystrophine est également plus courte, elle contient moins d'acides
aminés. Si les acides aminés manquants font partie de la région centrale de la
dystrophine, ils ne sont pas essentiels et la protéine plus courte qui en
résulte peut encore jouer son rôle stabilisateur au niveau de la membrane de la
cellule musculaire. Le résultat en sera un passage des graves symptômes de la
dystrophie de Duchenne aux symptômes beaucoup plus légers de la dystrophie
musculaire de Becker.
Elimination de la mutation de la souris mdx:
Cette approche
a été utilisée pour contourner le défaut d'un seul nucléotide, la mutation
ponctuelle dans l'exon 23 de la souris mdx. Un oligonucléotide antisens,
consistant en 20 unités de nucléotides complémentaires de la séquence d'ARN
du pré-ARNm, dans la région qui va de l'exon 23 à l'intron 23, a induit
l'omission de l'exon contenant la mutation pendant le processus d'épissage.
L'information génétique de l'exon 23 du gène, qui code pour 71 acides aminés
dans le domaine en bâtonnet, a été ainsi omise durant le processus de lecture.
Cet oligoribonucléotide antisens, ainsi que d'autres aussi
étudiés, ont été modifiés chimiquement, par exemple en protégeant les groupes
OH normalement libres et sensibles des unités de ribose de l'ARN par des groupes
méthyle (-CH3). Environ 5 microgrammes (millionièmes de grammes) de
ces "médicaments géniques" potentiels stabilisés ont été injectés avec le
détergent F127 dans les muscles de la patte de souris mdx vivantes. Au bout de
deux à quatre semaines, près de 20 % des fibres musculaires contenaient une
quantité quasi normale de dystrophine légèrement raccourcie. Et, avec les autres
constituants du complexe de la dystrophine, celle-ci se trouvait bien sur la membrane
cellulaire. La force du muscle a été nettement augmentée, sans toutefois être
entièrement normale. La répétition du traitement a eu pour effet une augmentation
du nombre de fibres musculaires contenant de la dystrophine sans rejet
immunitaire (Wilton, Perth, Partridge, Londres).
Omission d'exon dans l'ARNm de la dystrophine humaine:
L'exon 45 du
gène de la dystrophine est l'exon le plus fréquemment supprimé chez les garçons
atteints de la maladie de Duchenne. Cette délétion entraîne un déplacement du
cadre de lecture dans l'ARNm et l'apparition d'un codon stop prématuré, dont la
conséquence est une protéine de dystrophine tronquée et non fonctionnelle qui
est ensuite dégradée dans les cellules musculaires. Toutefois, si les exons 45
et 46 sont tous deux supprimés, le cadre de lecture n'est pas perturbé,
il n'est pas déplacé, et le résultat en est une dystrophine plus courte que la
normale dans laquelle il manque une suite de 108 acides aminés non essentiels
dans la partie centrale de la protéine. Les patients qui portent ce type de
mutation présentent les symptômes plus légers de la dystrophie musculaire de
Becker.
Des expériences in vitro visant à la suppression
spécifique de l'exon 46 dans le pré-ARNm de la dystrophine dans des myotubes
de souris mdx ont été menées avec succès au moyen de 4 oligonucléotides antisens
d'ARN différents et complémentaires d'une séquence spécifique régulatrice de
l'épissage située au sein de l'exon 46. Avec ces oligonucléotides, on bloque
une séquence de reconnaissance d'exon (ERS) ou un activateur d'épissage
exonique (ESE), structures nécessaires au processus d'épissage, la jonction
des exons dans l'ARNm.
Des expériences in vitro similaires ont alors été
effectuées avec plusieurs oligonucléotides antisens d'ARN du site d'épissage
analogue de l'exon 46 humain. Avec l'un d'entre eux, composé de 19 nucléotides,
il a été possible de supprimer l'exon 46 dans environ 15% du pré-ARNm de la
dystrophine, dans des myotubes obtenus à partir de deux patients atteints de
la maladie de Duchenne qui présentaient une délétion de l'exon 45 (on trouvera
à la dernière page de ce rapport les détails au niveau moléculaire de cette
expérience).
Ce pourcentage d'ARNm raccourcis ne contenant pas les exons
45 et 46 a entraîné la formation de quantités normales de dystrophine raccourcie
dans 75% des myotubes au moins. Après 16 heures, on a pu détecter cette nouvelle
dystrophine dans les cellules, mais après 48 heures, elle s'était déplacée vers
la membrane cellulaire où elle est restée une semaine au moins. La réapparition
de la dystrophine a entraîné la restauration du complexe de la dystrophine
dans - et sous la membrane de la cellule musculaire. Entre temps, le cadre de
lecture a pu être corrigé dans des préparations in vitro de muscles de six
autres patients victimes de délétions différentes et d'une mutation ponctuelle.
Cette technique s'est avérée hautement spécifique, ne
produisant la suppression que du seul exon visé. Avec la même technique, il
a été possible d'omettre 18 autres exons dans des cellules musculaires en
culture. Ainsi, cette stratégie très prometteuse, dont la validité a été
démontrée par des expériences en éprouvette, pourrait ultérieurement permettre
la conversion des mutations Duchenne en mutations Becker chez plus de 65% des
patients présentant des délétions.
On étudie actuellement diverses méthodes pour transférer les
oligoribonucléotides antisens dans un organisme vivant. A cet effet, on conduit
des expériences sur des souris vivantes qui ont dans leurs muscles, à la place
de leur propre gène de la dystrophine, le gène humain, lui-même altéré par
des délétions "humaines". La conduite d'essais cliniques chez des garçons
atteints de la dystrophie musculaire de Duchenne ne pourra être envisagée
qu'après que ces études sur souris "humanisées" auront donné des résultats
positifs.
Comme on connaît dans tous ses détails la structure du gène de
la dystrophine, il est déjà possible de déterminer l'exon à omettre pour
restaurer le cadre de lecture après une délétion ou une mutation ponctuelle
particulière. Pour l'instant, une telle détermination n'est que purement
théorique. Il n'est pas certain que les résultats obtenus sur des cellules en
culture ou sur des souris seront les mêmes sur des garçons atteints de la
dystrophie musculaire de Duchenne, et il n'est pas davantage certain que
la dystrophine restaurée mais raccourcie puisse, dans un cas donné, conduire
aux symptômes d'une dystrophie musculaire de Becker
(van Ommen, van Deutekom, Leiden).
Les sites d'épissage sont des séquences d'ARN spécifiques
aux extrémités des exons, qui sont essentielles pour une élimination correcte
des séquences introniques non codantes à partir du pré-ARNm. Cet ARN pré-messager
est le premier produit d'un gène actif; après élimination des séquences
introniques par épissage, il devient l'ARN messager, ARNm, qui se déplace
vers les ribosomes où il agit comme porteur d'information pour la synthèse
des protéines.
Omission d'exon avec des oligonucléotides produits localement:
Dans une autre
technique d'omission des exons, les oligoribonucléotides antisens n'ont pas
besoin d'être injectés, mais sont synthétisés dans le noyau lui-même des
cellules, là où on a besoin d'eux, après transfert de leur gène. Les séquences
d'introns sont séparées du pré-ARNm dans le noyau cellulaire par des organelles
d'épissage. Ce sont des structures complexes faites de plusieurs protéines et
petits ARN nucléaires (ARNsn), qui reconnaissent les limites exon-intron et qui
joignent les exons après épissage avec précision et sans déplacement du cadre
de lecture.
Les ARNsn U7 sont quelques uns de ces ARN très courts. Ils
se lient aux sites d'épissage sur des séquences de reconnaissance particulières
dans le pré-ARNm, bloquent l'épissage d'exons spécifiques et s'assurent ainsi
que plusieurs protéines de différentes longueurs sont produites par un seul gène.
Les ARNsn U7 régulent normalement les processus d'épissage de l'ARNm des
histones. Les histones sont des protéines nécessaires pour emballer l'ADN dans
les chromosomes.
Pour cette nouvelle méthode, des ARNsn U7 ont été génétiquement
modifiés de sorte qu'ils ne se sont plus liés au pré-ARNm de l'histone, mais
seulement aux sites d'épissage dans la région de l'exon 23 du pré-ARNm de la
dystrophine de souris. Pour y parvenir, on a emballé ensemble un gène codant
pour les ARNsn U7 modifiés et un promoteur de la CK dans des plasmides servant
de vecteurs puis, dans une expérience de laboratoire, transférées dans des
myoblastes isolés de la souris. Ces cellules se sont ensuite différenciées en
cellules musculaires en milieu de culture.
Dans les noyaux des myoblastes transgéniques, le gène
transféré a donné naissance à des ARNsn U7 modifiés. Ceux-ci avaient de
nouvelles séquences de reconnaissance et étaient liés, avant et après l'exon
23 du pré-ARNm de la dystrophine, à des sites importants pour l'épissage.
Ainsi donc, ces sites d'épissage étaient bloqués et l'exon 23 était emmené
avec les introns au cours de l'épissage du pré-ARNm (omission d'exon).
Comme la mutation ponctuelle des souris mdx est située dans l'exon 23, le
retrait de cet exon a eu pour conséquence que les cellules musculaires mdx,
incapables de produire de la dystrophine normale, se sont alors mises à
fabriquer une protéine dystrophine légèrement raccourcie localisée sur son
site correct sous la membrane cellulaire.
Le but de cette expérience génique in vitro fondamentale - à
l'extérieur de la souris vivante - était de démontrer que les cellules
musculaires elles-mêmes étaient capable de produire les oligoribonucléotides
antisens thérapeutiques.
Pour une application sur l'homme, il faudrait utiliser
des ARNsn U7 adaptés à la mutation spécifique du patient, et leur gène
transporté avec un vecteur thérapeutique de gène dans les noyaux cellulaires
des fibres musculaires. Une alternative serait un transfert ex vivo dans lequel
les gènes ARNsn U7 seraient transportés dans des cellules satellites ou
d'autres cellules souches musculaires puis injectés dans la circulation
sanguine ou directement dans les muscles. Comme les gènes ARNsn U7 sont très
courts, ce transfert devrait être probablement plus facile que le transfert
de l'ADNc de la dystrophine entière ou raccourcie, tel qu'il est actuellement
expérimenté avec d'autres méthodes (Weis, Berne; Lochmüller, Munich).
Recombinaison homologue:
La mutation
ponctuelle dans le gène de la dystrophine des souris mdx a pu être réparée
dans 15 à 20% des myoblastes isolés, par le biais de l'addition d'un ADN de 603
nucléotides dont la séquence était la même de part et d'autre de la mutation
de l'exon 23 des souris, mais ne contenait pas l'échange C-à-T de la mutation.
Une partie du nouveau segment de gène a été échangée contre le segment homologue
contenant la mutation C-à-T dans l'exon 23 des souris. Cette technique dite de
recombinaison homologue d'un fragment court, SFHR, a été ensuite appliquée à des
myoblastes isolés provenant d'un patient atteint de la maladie de Duchenne
présentant une mutation de délétion dans l'exon 13 (Kapsa, Melbourne).
Des antibiotiques pour ignorer un codon stop prématuré:
Près de 5% des
garçons atteints de la maladie de Duchenne ont une mutation ponctuelle dans
leur gène de la dystrophine qui a changé le mot de code pour un acide aminé
en l'un des trois codons stop, TGA, TAG et TAA, endroits où, après la
transcription en ARNm, la synthèse de dystrophine s'arrête de façon prématurée.
La gentamicine est un antibiotique qui fait en sorte
que le mécanisme de traduction de l'ARN ignore de tels codons stop prématurés
et continue donc la lecture au-delà du codon stop. Les codons stop
normaux, qui sont protégés par une structure tridimensionnelle particulière,
seront néanmoins utilisés comme auparavant. Chez la souris mdx, l'on a obtenu
de cette manière jus-qu'à 20% de la quantité normale de dystrophine nouvelle
et fonctionnelle. La gentamicine présente l'avantage d'être un médicament
bien connu dont l'utilisation comme traitement de la dystrophie musculaire
ne nécessiterait pas de longues procédures d'autorisation
(Sweeney, Philadelphie).
Pour confirmer ces résultats positifs, deux autres études sur
des souris mdx ont été effectuées, qui ont cependant montré que dans des
conditions semblables, on n'a pu détecter aucune dystrophine nouvelle après
traitement à la gentamicine (Karpati, Montréal; Lochmüller, Munich).
Deux études cliniques avec la gentamicine ont été faites chez
des garçons atteints de la dystrophie de Duchenne qui n'ont pas non plus donné
de dystrophine nouvelle. Il est possible que la période d'essai de 14 jours ait
été trop brève pour que des effets positifs sur la synthèse de dystrophine aient
pu se manifester. C'est la raison pour laquelle un autre essai plus long portant
sur 36 patients est actuellement en cours (Mendell, Columbus).
Remplacement de la dystrophine
L'utrophine est une protéine musculaire présente,
elle aussi, en petites quantités, chez les personnes atteintes de la maladie
de Duchenne.
Présente en grandes quantités, elle pourrait reprendre la fonction de la
dystrophine.
Activation de l'utrophine:
L'utrophine est
une protéine très semblable à la dystrophine dans sa structure et sa fonction.
Chez l'homme, son gène est situé sur le chromosome 6, il contient 75 exons et a
une longueur de 1 million de nucléotides environ. La protéine utrophine est plus
courte que la dystrophine d'environ 7%. On la trouve dans de nombreux tissus du
corps et aussi dans le muscle, mais elle y est concentrée dans les régions où
les motoneurones entrent en contact avec la membrane du muscle. Avant la
naissance, la concentration d'utrophine dans le muscle est beaucoup plus élevée
que par la suite. Cette protéine, bien qu'elle ne soit présente qu'en petites
quantités, atténue les symptômes de la dystrophie de Duchenne, moins sévères
qu'ils ne seraient si l'utrophine était aussi absente. En fait, les souris mdx
dont le gène de l'utrophine a été invalidé expérimentalement, et qui n'ont
donc ni dystrophine ni utrophine, ont des symptômes type Duchenne et meurent
précocement, contrairement aux souris mdx "normales" dont les muscles ne
dégénèrent pas.
Des expériences effectuées chez la souris ont montré que, si
elle est présente en quantités suffisantes, l'utrophine peut remplacer la
dystrophine. Les souris utilisées étaient des souris transgéniques dont la lignée
germinale contenait des mini-gènes d'utrophine introduits par une technique qui
ne peut pas être utilisée chez l'homme. On a élevé d'autres souris transgéniques
qui ne produisent de l'utrophine que si l'eau qu'elles boivent contient
l'antibiotique tétracycline. Cette augmentation de la quantité d'utrophine a
empêché l'apparition de symptômes de Duchenne; cet effet a été plus marqué chez
les souris nouveau-nées que chez celles âgées de 10 ou 30 jours.
Pour une éventuelle thérapie de la maladie de Duchenne, une
autre stratégie est appliquée, qui consiste à augmenter les quantités normalement
basses d'utrophine par une augmentation de l'activité de son gène. A cet effet,
une substance activatrice est requise, qui pourrait être un médicament connu
ou une autre substance chimique naturelle.
Grâce à des systèmes automatiques de tests in vitro, des
milliers de composés chimiques, dont certains sont produits automatiquement par
chimie combinatoire, sont testés en laboratoire sur des cultures de cellules de
souris mdx pour leur capacité à activer l'expression du gène de l'enzyme
luciférase, qui est précédé de deux promoteurs du gène de l'utrophine. Cet
enzyme, extrait des lucioles, produit de la lumière et est plus facile à déceler
que l'utrophine. Tout positif, c'est-à-dire tout composé actif dans ces tests
préliminaires, sera encore modifié, puis, toutes ces substances similaires
examinées, tout d'abord sur des cultures de cellules musculaires puis, si elles
réagissent positivement, sur des souris mdx vivantes pour leur potentiel
d'activation du gène de l'utrophine. Ce n'est qu'après qu'on aura trouvé une ou
plusieurs substances actives que des essais cliniques sur des personnes
atteintes de la dystrophie musculaire de Duchenne pourront commencer,
c'est-à-dire dans quelques années (Davies, Oxford).
Un tel activateur de l'expression du gène de l'utrophine
pourrait, s'il est une molécule de petite taille, être administré au travers de
la circulation sanguine et atteindre tous les muscles. De plus, le système
immunitaire reconnaîtrait l'utrophine additionnelle comme une substance endogène
puisque déjà présente en petites quantités chez les garçons atteints de la
dystrophie musculaire de Duchenne et il n'y aurait donc pas de problèmes
de rejet.
Cependant, une substance qui active le gène de l'utrophine
pourrait faire de même avec d'autres gènes, aussi. Par conséquent, avant de
tester un tel activateur chez l'enfant, il faudra s'assurer que l'application
thérapeutique ultérieure ne produira pas d'effets secondaires indésirables.
Autres tentatives d'augmenter la quantité d'utrophine:
Le transfert
d'un gène raccourci de l'utrophine au moyen d'adénovirus à des chiens
dystrophiques a fourni de l'utrophine qui a pu reprendre la fonction de la
dystrophine manquante. --- Les glucocorticoïdes, et parmi eux la prednisone,
peuvent activer dans une certaine mesure le gène de l'utrophine. --- De tels
corticoïdes ont aussi été extraits de plantes médicinales chinoises utilisées
traditionnellement contre la dystrophie musculaire. --- Une faible inflammation
chronique dans des muscles de souris mdx entraîne une augmentation marquée de
l'expression d'utrophine dans des régions membranaires éloignées des endroits
où les motoneurones les touchent. --- La L-arginine, un acide aminé, peut
augmenter la quantité d'utrophine chez la souris mdx et soulager notablement les
symptômes dystrophiques. L'enzyme synthase de l'oxyde nitrique utilise
l'arginine pour produire l'oxyde nitrique, un gaz à activité biologique. Mais
comme l'oxyde nitrique est aussi actif dans d'autres processus biologiques,
il n'est pas possible d'employer l'arginine pour la thérapie de la maladie
de Duchenne sans autres investigations complémentaires. --- La petite protéine
hereguline, avec laquelle les motoneurones stimulent le développement
musculaire, peut aussi considérablement soulager les symptômes des
souris mdx. --- Une extrémité de l'ARNm de l'utrophine n'est pas traduite en
protéine, mais se lie à des structures dans les zones de contact avec les nerfs,
limitant ainsi l'utrophine à ces sites. Si un médicament pouvait empêcher cette
liaison, il serait possible d'avoir une distribution plus homogène de l'utrophine
sur l'ensemble de la membrane musculaire de manière à ce qu'elle
remplace mieux la dystrophine. --- Une autre forme très similaire d'utrophine,
l'utrophine B, a été découverte récemment dans les vaisseaux sanguins. Mais
seule la forme "normale", l'utrophine A, se trouve dans les muscles et peut
compenser partiellement la dystrophine manquante après activation de son gène.
Autres protéines
Les mutations du
gène de la dystrophine et l'absence de dystrophine influent sur l'activité
de nombreux autres gènes.
Activité de milliers de gènes de muscles:
Pour pouvoir
mesurer simultanément l'activité d'un très grand nombre de gènes dans un
échantillon de tissu en une seule expérience, on utilise des puces à ADN.
Comme la quasi totalité des séquences de gènes humains est connue, il est
possible de produire automatiquement des segments courts de milliers de gènes
et de les déposer avec un robot suivant un certain patron sur une plaquette de
quartz de quelques centimètres carrés. Si des copies biochimiques d'ADN des ARNm
de tous les gènes actifs sont déposées sur la plaquette pour servir d'échantillon
à analyser, des points lumineux apparaîtront aux endroits de cette plaquette
où se trouvent des séquences d'ADN complémentaires de ces gènes actifs.
L'intensité lumineuse de ces points est mesurée automatiquement, ce qui permet
alors de déterminer quels gènes sont actifs et à quel degré, et quels sont ceux
qui ne le sont pas.
Avec ce profilage d'expression, plusieurs milliers de
gènes ont été testés dans des échantillons de muscles prélevés sur des souris
normales et mdx, sur des garçons bien portants et des dystrophiques de Duchenne,
sur des souris transgéniques qui n'avaient ni leur propre dystrophine ni
utrophine, ainsi que sur d'autres souris qui avaient par contre de la dystrophine
humaine dans leurs muscles.
Les résultats ont montré que l'absence de dystrophine
provoquait l'augmentation et la diminution de l'activité de nombreux gènes de
muscles. Toute une série de gènes responsables de la production d'énergie dans
les cellules musculaires ont été moins actifs chez les souris sans dystrophine
ni utrophine, c'est-à-dire que leurs muscles étaient victimes d'une pénurie
d'énergie qui a contribué à la dégénérescence de leurs muscles dystrophiques.
D'un autre côté, de nombreux gènes nécessaires au développement et à la
réparation de muscles ont vu leur activité augmenter, parfois d'un facteur cent,
ils étaient activés par le cours de la maladie. Des résultats similaires ont été
obtenus avec des échantillons de muscles humains.
D'autres expériences ont montré que, chez la souris, de
nombreux autres gènes étaient activés, des gènes qui sont impliqués dans le
développement de structures de surface, dans la production de signaux pour la
synthèse des protéines, dans l'intensification des réactions immunitaires et
dans d'autres processus responsables pour les symptômes de la dystrophie
musculaire des souris mdx. Chez les personnes atteintes de la maladie de
Duchenne, ces changements ont été moins prononcés et, chez la souris transgénique
avec dystrophine humaine, l'activité de ces gènes a été normale parce qu'elles
n'avaient plus de dystrophie musculaire.
Après que ces premiers résultats ont été obtenus, il y a
quelques années, beaucoup d'autres expériences ont été effectuées avec cette
nouvelle technique pour répondre à d'autres questions que pose la recherche sur
la dystrophie musculaire de Duchenne. Leurs résultats, et tous ceux à venir,
permettront de comprendre la relation complexe entre les nombreux éléments de
l'architecture musculaire et ses changements lorsqu'un de ses composants les
plus importants, la dystrophine, est absente. Ceci ouvrira de nouvelles
perspectives pour le développement d'un traitement de la maladie de Duchenne
(van Ommen, Leiden; Kunkel, Boston; Hoffman, Washington, et d'autres).
Un ver dystrophique:
Caenorhabditis elegans
est un ver transparent long de 0,9 millimètres, beaucoup utilisé par les
chercheurs en génétique parce que ses 19.733 gènes sont connus, de même que
les 959 cellules de son corps, dont 95 sont des cellules musculaires. Ses muscles
possèdent une dystrophine similaire à celle de l'homme, qui peut aussi subir des
mutations entraînant des symptômes dystrophiques.
Certains gènes ont été inactivés, mais aussi activés, de
manière à ce qu'on puisse étudier les symptômes dystrophiques provoqués par
l'absence ou l'augmentation de l'activité du gène. Par exemple, on a pu montrer
que l'activation de la dystrobrévine, une forme extrêmement courte de
dystrophine, a ralenti fortement la dégénérescence musculaire. D'autres
investigations contribueront à une meilleure compréhension de relations
moléculaires encore inconnues qui accompagnent le développement de la dystrophie
musculaire (Ségalat, Lyon).
Intégrines et syntrophines:
Les intégrines
constituent une famille de protéines situées dans la membrane des cellules
musculaires. Elles sont nécessaire à la fusion des myoblastes en myotubes et au
développement des myotubes en cellules musculaires parvenues à maturation.
Elles participent aussi à la propagation des signaux de cellule à cellule.
Chez la souris gravement dystrophique, qui n'a ni dystrophine
ni utrophine, la quantité de l'une de ces intégrines a été multipliée par deux
environ par transfert génique. Cette manipulation a multiplié par trois
l'espérance de vie des souris tandis que leurs symptômes dystrophiques se sont
nettement améliorés (Kaufman, Urbana).
Les cinq syntrophines connues sont des protéines qui jouent
le rôle d'intermédiaires dans l'interaction de protéines de signalisation avec
les complexes de dystrophine et d'utrophine au niveau de la membrane cellulaire
du muscle. Une meilleure compréhension de cet effet aura des conséquences sur
la thérapie par l'utrophine (Froehner, Seattle).
Stratégies pharmacologiques
Les corticostéroïdes et d'autres médicaments peuvent avoir un effet positif
sur les symptômes de la dystrophie musculaire de Duchenne sans toutefois guérir
la maladie elle-même.
Tant que les
efforts consacrés au transfert d'un gène de la dystrophine fonctionnel ou à la
réparation du gène endommagé n'auront pas abouti à un traitement, on essaiera
de soulager au moins les symptômes de la dystrophie de Duchenne par un traitement
médicamenteux. Cette approche a enregistré quelques résultats positifs.
Myostatine:
Les vaches
Blanc-Bleu belges existent depuis près de 200 ans, elles ont 20% de masse
musculaire de plus que les animaux normaux. Il y a six ans, on a découvert que
ces vaches possédaient une délétion de 11 nucléotides dans le gène de la
myostatine, une protéine. Les souris transgéniques dépourvues du gène de
la myostatine sont deux à trois fois plus lourdes que les souris normales, non
pas parce qu'elles ont davantage de cellules musculaires, mais parce que leurs
cellules musculaires sont beaucoup plus grandes. La myostatine est une protéine
signal, une sorte d'hormone, constituée de 375 acides aminés et nécessaire pour
limiter la masse musculaire.
Les muscles et leurs cellules précurseurs fabriquent cette
protéine que les muscles modifient ensuite: les deux tiers de la chaîne d'acides
aminés sont éliminés et deux des chaînes de 109 acides aminés restantes forment
un cycle double. Cette myostatine active inhibe la croissance des cellules
musculaires en influençant négativement sur la régulation génique des cellules
précurseurs myogéniques. D'autres facteurs sont aussi impliqués dans
l'optimisation de la masse musculaire.
Ces observations ont conduit à l'idée qu'on pourrait rendre
plus gros les muscles des enfants atteints de la maladie de Duchenne, ou tout
au moins à réduire leur destruction en bloquant l'activité de la myostatine.
On a donc fabriqué des anticorps monoclonaux, c'est-à-dire des protéines qui
ont la propriété de se fixer très spécifiquement sur la myostatine et, ainsi,
de l'inactiver. Ces anticorps ont été injectés sous le diaphragme de souris
mdx à raison d'une fois par semaine. Au bout de trois mois, les animaux traités
étaient de 12% plus lourds que les animaux non traités servant de contrôles
parce que leur masse musculaire avait augmenté. En outre, leurs muscles
fonctionnaient mieux, ils pouvaient mieux se cramponner à un barreau de verre
qui tournait, la dégénérescence de leurs muscles s'était ralentie et les
activités de la CK étaient quasiment normales.
D'autres expériences sur la souris sont en cours actuellement.
Elles devront être répétées sur des chiens dystrophiques dont la maladie
ressemble davantage à la dystrophie des humains que la dystrophie de la souris.
Ce n'est que lorsqu'on aura obtenu des résultats positifs que pourront débuter
des essais sur des patients victimes de la dystrophie musculaire de Duchenne.
Cette méthode ne constituera pas un traitement curatif
de la dystrophie musculaire de Duchenne parce qu'elle n'éliminera pas la cause
génétique de la maladie. Mais, comparée à d'autres méthodes, elle aura les
avantages suivants: aucun problème de rejet ni de toxicité, aucun danger
génétique présenté par les virus et fabrication aisée du médicament. Des
sociétés pharmaceutiques s'intéressent déjà à cette méthode parce qu'une
augmentation de la masse musculaire serait importante pour les personnes âgées
et pour les personnes souffrant d'autres dégénérescences musculaires
(Khurana, Philadelphie).
Glucocorticoïdes:
On ignore
encore pourquoi la prednisone, la prednisolone, qui lui est très similaire, et
le deflazacort retardent la dégénérescence musculaire. Si une partie de leur
effet repose probablement sur leur action anti-inflammatoire, d'autres
mécanismes d'action sont également possibles. En analysant l'activité de plus
d'un millier de gènes chez la souris mdx traitée à la prednisone, au moyen de
la nouvelle technique des micro-matrices d'ADN, il a été trouvé qu'environ 5%
des gènes présentaient une réduction ou une augmentation de leur activité.
La poursuite de l'analyse du patron d'expression génique induit par les
glucocorticoïdes aidera à comprendre le mécanisme moléculaire de l'action des
glucocorticoïdes dans le muscle squelettique. A son tour, cette connaissance
pourrait contribuer au développement d'un traitement plus spécifique, mais moins
toxique, avec ces médicaments. (Muntoni, Londres).
Créatine:
Une autre
substance qui pourrait peut-être ralentir la dégénérescence musculaire est la
créatine, un composé naturel utilisé en grandes quantités par les athlètes
pour améliorer leurs performances. Sous sa forme phosphorylée, la
phosphocréatine, la créatine fournit de l'énergie non seulement pour la
contraction musculaire mais aussi pour l'élimination du calcium superflu, une
des causes de la destruction des cellules musculaires. Des expériences
effectuées chez la souris mdx ont montré que la supplémentation en créatine
améliore la santé du muscle et pourrait fournir une base scientifique pour
son utilisation comme thérapie de soutien dans la dystrophie de Duchenne
(Wallimann, Zurich; Rüegg, Lausanne).
Autres essais pharmacologiques:
Des extraits
de thé vert dans la nourriture de souris mdx ont ralenti le processus
dégénératif de quelques uns de leurs muscles, peut-être parce que ce thé contient
des substances antioxydantes. --- On a élevé des souris transgéniques qui ont
produit dans leurs muscles la protéine muscle insulin-like growth factor 1 (mIGF1)
en quantités relativement importantes. Le résultat a été une augmentation
de 40% de la masse musculaire et une diminution de la fibrose et de la
dégénérescence musculaire, ainsi qu'une amélioration significative de la
régénération. --- La leupeptine est un tripeptide composé de trois acides
aminés partiellement modifiés. Associé à la carnitine il inhibe l'enzyme
calpaïne, qui détruit les protéines dans les cellules musculaires si du calcium
y entre de manière incontrôlée, comme dans la dystrophie de Duchenne. Dans des
expériences effectuées chez le singe et la souris, la dégénérescence musculaire
a été freinée de manière significative par la leupeptine. --- La concentration
de l'enzyme synthase de l'oxyde nitrique dans le complexe de la dystrophine est
diminuée de manière significative chez la souris mdx. C'est pourquoi, son
produit, l'oxyde nitrique gazeux biologiquement actif, ne peut plus remplir sa
fonction, ce qui contribue à la dégénérescence musculaire. Des souris mdx
transgéniques avec de la synthase de l'oxyde nitrique en quantité normale ont
présenté moins de symptômes de dystrophie. --- Chez la souris mdx, la protéine
de signalisation JNK1 est activée, ce qui contribue à la dégénérescence des
cellules musculaires. L'injection intramusculaire directe de la protéine
inhibitrice naturelle JIP1, emballée dans des adénovirus, ralentit la destruction
des fibres musculaires car JIP1 interfère avec JNK1. --- Une protéine, la
galectine-1, participe aux processus qui conduisent à des tissus
musculaires nouveaux et régénérés. Les fibroblastes obtenus à partir de la peau
de souris nouveau-nées se différencient en cellules musculaires avec dystrophine
s'ils poussent en milieu de culture tissulaire contenant de la galectine-1.
Ces fibroblastes de peau pourraient facilement être prélevés chez un patient
atteint de la maladie de Duchenne, transformés en cellules musculaires avec de
la galectine-1, puis modifiés génétiquement pour synthétiser de la dystrophine
normale et finalement être transplantés chez le patient dont ils proviennent.
Etudes cliniques avec des garçons atteints de la dystrophie
musculaire de Duchenne
Le premier essai
avec transfert de gènes et un nouvel essai avec myoblastes ont débuté.
Corticostéroïdes, créatine et autres substances chimiques sont à l'étude.
Une vaste étude sur la prednisone et la cyclosporine est en préparation.
Des études
cliniques avec des enfants atteints de la maladie de Duchenne seront de plus
en plus nécessaires au vu du nombre croissant de résultats positifs obtenus
chez l'animal de laboratoire. Ces études cliniques sur l'homme devront être
effectuées en plusieurs étapes, dont la première, la phase I, prendra
déjà plusieurs années: il s'agira de démontrer que le nouveau traitement ne
s'accompagne pas d'effets secondaires inacceptables. Ce n'est qu'après, que
d'autres études sur des enfants malades pourront être initiées pour vérifier
si le traitement augmente vraiment ou maintient la force musculaire
(études de phase II) et pour déterminer quelle sera la dose optimale
(études de phase III).
Toutes ces études doivent être effectuées sous la forme
d'essais en double insu, dans lesquels seule une moitié des patients
reçoit la substance testée alors que l'autre moitié reçoit un composé inactif,
un placebo, et ni les patients ni les chercheurs ne savent à quel groupe
appartiennent les patients jusqu'au terme de l'essai, lorsque l'on dévoile
le code et que les résultats sont analysés. Ces études et les procédures
d'autorisation prennent du temps, elles demandent de nombreuses années et
leur réalisation coûte cher.
Transfert du gène de la dystrophine à l'aide de plasmides:
La première
phase du premier essai de transfert de gènes sur des patients atteints de
la dystrophie musculaire de Duchenne s'est terminée au début 2003. La société
de biotechnologie Transgène, à Strasbourg, en collaboration avec l'AFM,
Association française contre les myopathies, a commencé en 1995 la préparation
de cette thérapie génique. L'autorisation pour ce premier essai chez l'homme
a été donnée par les autorités françaises en novembre 1999 et les premières
injections de vecteurs faites en septembre 2000 à l'Hôpital de la Pitié Salpêtrière
à Paris.
Les 9 garçons qui y ont participé étaient tous âgés de plus
de 15 ans, de sorte qu'ils ont pu donner leur consentement éclairé. Ils n'ont
pas retiré de bénéfice clinique de ce traitement, ce n'était pas encore une
thérapie.
Après avoir testé plusieurs méthodes de transfert de gènes
sur des souris et des chiens dystrophiques, il a été décidé d'utiliser tout
l'ADNc du gène d'une dystrophine de pleine longueur emballé dans un plasmide
servant de vecteur en compagnie d'un puissant promoteur tiré d'un virus. Les
plasmides présentent l'avantage de ne contenir aucune protéine et ne devraient
donc provoquer aucune réaction immunitaire. Le gène thérapeutique à transporter
n'a pas non plus de protéine, c'est de l'ADN pur, ou nu.
D'autres essais préliminaires, avec des cultures de cellules
musculaires et des souris, ont montré que ce vecteur donnait naissance à de
la nouvelle dystrophine à l'endroit correct, sous la membrane de la cellule
musculaire des animaux, qu'il restaurait le complexe dystrophine-glycoprotéine
et qu'il prolongeait la vie des cellules.
L'objectif de cette étude était d'établir la sécurité du
procédé, c'est-à-dire de déterminer s'il y aurait une inflammation ou un rejet
immunitaire et si de la dystrophine nouvelle et normale se retrouvait en bonne
place dans les fibres musculaires ayant reçu le plasmide.
Une solution contenant 0,2 mg de plasmide avec 1 billion
(1012) de copies du gène de la dystrophine a été injectée dans un
muscle de l'avant-bras des 3 premiers patients. Il s'agit d'une très petite
quantité de matériel génétique par rapport aux expériences chez l'animal. Les
3 patients suivants ont reçu une dose de 0,6 mg et les 3 derniers ont reçu
chacun deux doses de 0,6 mg à deux semaines d'intervalle. La sécurité pour
les patients a été le souci principal et, par conséquent, chaque patient n'a
été traité que lorsque l'on a été certain que le patient traité précédemment
ne présentait pas de signes d'intolérance immunitaire.
Trois semaines après ces injections, la surface musculaire
traitée (environ 0,5 cm3) a été extraite par biopsie pour en
rechercher la dystrophine. Chez trois des six garçons des deux premiers groupes,
et chez tous les garçons du troisième groupe, de la nouvelle dystrophine était
présente dans moins de 1 % à plus de 25 % des fibres musculaires qui entouraient
les sites d'injection. Il n'y a eu aucun signe de rejet, ni contre le plasmide,
ni contre la dystrophine nouvellement produite. Ceci était la réponse à la
question de l'étude de phase I: le transfert de gènes avec de l'ADN nu est une
manipulation sûre. Elle pourrait, après amplification, devenir un moyen
thérapeutique, car on sait, par les essais chez l'animal, qu'une production
de dystrophine dans 20 % environ des fibres musculaires améliorerait nettement
la fonction musculaire.
Les chercheurs français travaillent actuellement avec l'équipe
de Jon Wolff à Madison aux Etats-Unis, qui a injecté sous pression des
constructions de plasmides similaires avec les gènes d'une protéine de
marquage dans la circulation sanguine des membres de rats, de chiens et de
singes. Ensuite, près de 40 % des fibres musculaires contenaient la protéine
de marquage transférée.
L'étape suivante sera d'appliquer cette procédure
d'administration par voie artérielle à des garçons atteint de la dystrophie
musculaire de Duchenne, probablement lors d'un essai clinique qui débutera
en 2004. A ce stade, il est prévu de ne traiter qu'un petit muscle du pied,
ceci toujours par mesure de sécurité. Si les résultats sont positifs, cette
méthode sera essayée sur l'ensemble des muscles des jambes et des bras, ce qui
pourrait être envisagé pour 2006.
Ensuite seulement, on pourra s'attaquer aux muscles
respiratoires et du cœur. Pour des raisons de sécurité, il est impossible
d'aller plus vite, parce qu'il serait catastrophique que se produisent des
effets secondaires graves ou tout autre effet indésirable obligeant à interrompre
cette étude et toutes les autres expériences de thérapie génique
(Braun,Strasbourg).
Etudes cliniques avec des myoblastes (transfert de myoblastes):
Début 2003, a commencé à Québec City, au Canada, un essai clinique de phase I
sur des enfants atteints de la dystrophie musculaire de Duchenne avec délétions,
âgés de 5 à 15 ans. Il devrait répondre à la question de savoir si le transfert
de myoblastes normaux dans des conditions modifiées est sûr, c'est-à-dire s'il
ne provoque pas de rejet ou d'inflammation de nature immunitaire, et si de
la nouvelle dystrophine apparaît après le traitement.
La différence d'avec les essais infructueux des années
quatre-vingt-dix est, d'une part, qu'on utilise FK506 (Tacrolimus), un
inhibiteur de l'immunité plus efficace, au lieu de cyclosporine A et que,
d'autre part, on n'injecte pas, comme précédemment, 60 à 90 millions de cellules
dans tout le biceps, mais 30 millions de cellules dans le muscle tibial
antérieur en applications multiples à un millimètre d'intervalle dans un volume
musculaire d'un centimètre cube seulement. On n'attend aucune amélioration de
la fonction musculaire. Comme pour l'essai français, les patients ne tireront
aucun bénéfice thérapeutique de ces injections.
Un mois après la fin du traitement, on pratiquera une biopsie
pour déterminer si de la dystrophine normale, de l'ADN, de l'ARNm et la protéine
normale sont apparus et s'il y a eu la moindre réaction immunitaire. Jusqu'à
juillet 2003, trois patients avaient été traités, l'essai complet devant être
terminé avant la fin de 2003.
Si les résultats sont positifs, l'essai sera poursuivi par une étude de phase II
au cours de laquelle on transférera des myoblastes dans tout le biceps. Ensuite,
durant les deux ans qui suivront, on mesurera la force musculaire, dont on espère
qu'elle aura augmenté, ou qu'elle se sera du moins maintenue
(Trembley, Québec City).
Prednisone et deflazacort:
Seize études
cliniques effectuées dans le monde entier ont démontré l'efficacité de dérivés
de la cortisone, en particulier de la prednisone, pour réduire la perte
de puissance musculaire chez les garçons atteint de la maladie de Duchenne. Il
y a eu ensuite des indications suggérant qu'un nouveau corticoïde, le deflazacort,
agirait de façon similaire mais avec moins d'effets indésirables.
De 1992 à 1997, une étude avec la participation de 14 centres
allemands du muscle a été réalisée, dans laquelle on a comparé l'effet de
maintien du muscle de ces deux médicaments avec l'histoire naturelle, bien
documentée, de la maladie. Les doses utilisées ont été de 0,75 mg par kg de
poids corporel et par jour pour la prednisone et de 0,9 mg par kg et par jour
pour le deflazacort. Le résultat a été que les deux médicaments peuvent
maintenir la force musculaire pendant deux à trois ans au moins et que, dans
des cas isolés, ils peuvent prolonger la capacité de marcher jusqu'à la
14ème année environ. L'effet secondaire le plus important de la
prednisone a été une prise de poids chez environ 20 % des patients. Avec
le deflazacort, de légères cataractes, un trouble de la lentille oculaire
ont été plus fréquents qu'avec la prednisone. Les deux médicaments ont exercé
un effet de ralentissement de la croissance, les autres effets secondaires ont
été insignifiants. Après l'arrêt de la médication, la dégénérescence musculaire
et la croissance normale ont repris.
Les résultats de l'étude ne permettent pas encore de décider
du meilleur moment pour commencer le traitement, par exemple avant l'âge de cinq
ans. Les patients qui souhaitent commencer ce traitement le feront dans le cadre
d'une étude bien documentée, afin d'obtenir davantage d'information et de
s'assurer les nombreux contrôles rendus nécessaires par les effets secondaires.
L'étude faite en Allemagne est poursuivie en ouvert avec une documentation à
long terme incluant des données de certains patients qui ont été traités
pendant plus de sept ans (Reitter, Mayence).
Prednisolone:
Au Royaume-Uni, un vaste essai clinique
de longue durée avait été mis sur pied avec pour but de déterminer si la
prednisolone était capable de prolonger la déambulation et d'améliorer la qualité
de vie. Un traitement intermittent, à raison de10 jours avec et 10 jours sans
médicament, avait été envisagé. Pour des raisons financières, il n'est possible
que de faire une étude ouverte, et non en double insu, dans le but de documenter
l'efficacité et les effets secondaires de ce traitement (Muntoni, Londres).
Association prednisone - cyclosporine A:
On est en train
de mettre sur pied en Allemagne un essai clinique qui débutera à fin 2003 et
devrait répondre à deux questions: la cyclosporine A seule peut-elle augmenter
la force musculaire à court terme? et l'association de la cyclosporine A et de
la prednisone peut-elle réduire plus efficacement la perte de force musculaire
à long terme que la prednisone seule, lorsque celle-ci est donnée de façon
intermittente, soit selon un cycle comprenant 10 jours avec et 10 jours sans
traitement? Comme les processus immunitaires jouent un rôle dans la dystrophie
musculaire de Duchenne, des expériences antérieures ont montré que des
immunosuppresseurs comme la cyclosporine A pourraient retarder la dégénérescence
musculaire.
Pour obtenir des résultats fiables, il est nécessaire d'avoir
la participation d'au moins 150 patients pour qui le diagnostic de la maladie de
Duchenne est indubitable, qui ont plus de 6 ans et qui peuvent encore marcher
50 mètres seuls. Au cours de la première phase, qui durera trois mois, tous les
enfants recevront 3,5 à 4 mg par kg et par jour de cyclosporine A seule, ou
de galactose (sucre du lait) servant de placebo, ceci dans une procédure en
double insu. Au cours de la seconde phase, qui durera douze mois, tous les
enfants recevront en plus 0,75 mg par kg et par jour de prednisone pendant
10 jours suivis de 10 jours sans prednisone. Huit centres allemands du muscle
participeront à cette étude (Korinthenberg, Fribourg-en-Brisgau).
Créatine:
Une étude
clinique contrôlée, dite en double insu, comprenant 8 patients atteints de
la maladie de Duchenne, 10 patients atteints de la dystrophie de Becker et 18
patients présentant d'autres maladies musculaires, a montré, après 8 semaines
d'administration journalière de 5 grammes d'hydrate de créatine pour les enfants
et de 10 grammes pour les adultes, un effet bénéfique à court terme, léger mais
significatif, sur la force musculaire et la performance, sans aucun effet
secondaire. D'autres essais cliniques doivent être faits avant que l'on puisse
recommander la créatine comme une médication préservant la muscle à long terme
chez les enfants atteints de la dystro-phie de Duchenne (Walter, Munich).
Au Canada, a débuté un essai visant à déterminer l'effet de la
créatine impliquant 40 enfants atteints de la dystrophie musculaire de
Duchenne. --- En Belgique, la créatine a été testée pendant trois mois sur
12 patients atteints de la dystrophie musculaire de Duchenne et 3 de Becker.
Le résultat a été une légère augmentation de la force musculaire.
L'oxandrolone, un stéroïde
anabolisant parfois utilisé par les athlètes, a été testée dans une étude
portant sur 51 garçons atteints de la maladie de Duchenne. Toutefois, la petite
amélioration de la force musculaire observée ne justifie pas son utilisation
comme médicament à la place de la prednisone ou le deflazacort
(Fenichel, Nashville).
Etudes cliniques internationales:
Dans le cadre
du Cooperative International Neuromuscular Research Group, CINRG, des
laboratoires des Etats-Unis, du Canada, de Belgique, d'Argentine, d'Australie
et d'Inde sont en train de mener des études cliniques chez des garçons
atteints de la dystrophie musculaire de Duchenne, avec des substances choisies
parmi 45 substances ayant donné des résultats positifs dans un programme de
criblage sur la souris dystrophique.
Albuterol, un médicament contre l'asthme, a
produit une augmentation significative de la force musculaire (environ 8 %)
et provoqué très peu d'effets secondaires dans un essai préliminaire impliquant
10 enfants atteints de la dystrophie musculaire de Duchenne. Une étude en double
insu avec 25-30 garçons a débuté en août 2002 et durera 9 mois environ.
Un essai avec le coenzyme Q10 chez des enfants régulièrement
traités à la prednisone ou au deflazacort a commencé en septembre 2001, un autre
est prévu avec des patients en chaise roulante.
L'oxatomide, un antihistaminique, est testé
sur 9 mois avec 15 garçons atteints de la dystrophie musculaire de Duchenne.
La pentoxifylline interfère dans le système
immunitaire et diminue par là l'inflammation et la fibrose. Un essai a débuté
en février 2003, il durera 15 mois.
Un essai destiné à durer 15 mois a débuté en janvier 2003 pour
comparer les effets positifs et négatifs de la prednisone administrée soit
chaque jour, soit un jour sur deux, avec une dose plus forte chaque semaine.
Un essai de 6 mois avec 54 garçons atteints de la dystrophie
musculaire de Duchenne s'est terminé en mars 2003. Effectué en double insu, il
testait soit la créatine soit la glutamine. Ses
résultats sont en cours d'évaluation.
Des essais avec trois autres substances, la taurine,
la carnitine et l'acide nicotinique, sont en
préparation.
Pour l'évaluation et la documentation de ces études, des
procédures de contrôle standardisées ont été développées. On ne mesure pas
seulement les fonctions musculaires, mais aussi d'autres paramètres ainsi que,
par exemple, la qualité de vie. Certaines méthodes sont présentement modifiées
de façon à être utilisables chez des patients très jeunes et âgés
(Escolar, Washington).
Quand y aura-t-il un traitement?
La dystrophie
musculaire de Duchenne a toujours existé chez l'homme ainsi que chez les animaux
qui ont des muscles squelettiques. Elle a été correctement décrite pour la
première fois en 1851 par un médecin anglais, Edward Meryon. Elle doit
toutefois son nom à un médecin français, Duchenne de Boulogne, qui en a
décrit en 1861 non seulement les symptômes, mais aussi l'histologie.
Au vu de son mode de transmission, on a su dès le début
du 20ème siècle qu'un défaut situé sur le chromosome X est
responsable de la maladie. Toutefois, ce n'est qu'en 1986 que le gène lui-même,
le gène de la dystrophine, a été identifié (Kunkel, Boston) et que,
peu après, l'on a identifié la protéine, la dystrophine (Hoffman, Washington),
qui manque chez les garçons atteints de la maladie de Duchenne. Le rythme rapide
de la recherche génétique a fait naître l'espoir qu'il serait bientôt possible
de remplacer ou de réparer le gène et donc de guérir la maladie.
Cet optimisme était cependant prématuré. Les premières études
conduites en 1991, avec le transfert de myoblastes, ont montré que cette
technique, qui paraissait prometteuse, était inefficace chez les garçons
atteints de la maladie de Duchenne. Aujourd'hui, plus de 16 ans après la
détection du gène, il n'y a toujours pas de traitement pour la dystrophie
de Duchenne. Comme le montre le présent rapport, des travaux de recherche sont
effectués avec plus de 30 méthodes différentes, appliquées à des souris et à
des chiens dystrophiques et, pour certaines, déjà à des garçons atteints de
la maladie de Duchenne. Cependant, ces études prennent du temps et
l'autorisation d'un traitement demandera des années supplémentaires.
Néanmoins, on connait des exemples de traitements qui
parviennent rapidement jusqu'aux patients, comme Gleevec, le médicament qui
a été approuvé en 2001 en quelques mois, sans que l'on n'examine tous les
effets secondaires, après que l'on eut montré qu'il pouvait guérir près de 90%
des patients souffrant d'un cancer du sang, la leucémie myéloïde chronique.
Toutes ces exigences doivent être prises en compte et un grand
nombre de données additionnelles devront être réunies avant qu'il soit possible
de faire des prédictions sur le temps qui sera encore nécessaire pour qu'un
traitement sûr et efficace soit disponible pour les enfants souffrant de la
dystrophie musculaire de Duchenne partout dans le monde. La réponse à cette
question est la plus importante pour les parents et leurs enfants malades. Il
faudra probablement plusieurs années avant que la dystrophie musculaire de
Duchenne ne soit vaincue. C'est moins que ce que l'on espérait, et c'est là le
côté négatif de ce problème difficile. Le positif, ce sont les centaines de
chercheurs compétents et dévoués qui, dans de nombreux laboratoires du monde
entier, travaillent pour trouver un traitement. Il est donc certain qu'il
existera un traitement efficace, tôt ou tard.
Chercheurs cités dans ce rapport
Les chercheurs
sont cités par ordre alphabétique avec leurs adresses abrégées et sans leurs
titres. La plupart d'entre eux sont professeurs et tous ont un doctorat en
médecine ou ès sciences. De nombreuses publications originales, contenant les
noms de tous les membres d'une équipe de recherche, peuvent être obtenues auprès
de l'auteur du présent rapport.
Richard J. Bartlett, National Institutes of Health, Bethesda, MD
Laurent Bernheim, Hôpital Cantonal Universitaire, Genf
Serge Braun, Synthetic Vector Products, Transgène S.A., Straßburg
Kevin P. Campbell, University of Iowa College of Medicine, Iowa City, IA
Jeffrey Chamberlain, Dept. of Neurology, University of Washington, Seattle, WA
Paula Clemens, Dept. of Neurology, University of Pittsburgh, Pittsburgh, PA
Judith C. T. van Deutekom, Dept. of Human Genetics, Leiden University Med. Center, Leiden
Kay Davies, Dept. of Genetics, University of Oxford, Oxford
Diana Escolar, Children's National Medical Center, Washington, DC
Gerald M. Fenichel, Vanderbilt University Medical Center, Nashville, TN
Kevin M. Flanigan, Dept. of Neurology and Pathology, University of Utah, Salt Lake City, UT
Stanley Froehner, Dept. of Physiology and Biophysics, University of Washington, Seattle WA
Stuart Hodgetts, University of Western Australia, Crawley
Eric Hoffman, Children's National Medical Center, Washington, DC
Paul C. Holland, Montreal Neurological Institute, McGill University, Montreal
Johnny Huard, Children's Hospital, University of Pittsburgh Medical Center, Pittsburgh, PA
Robert Kapsa, Melbourne Neuromuscular Research Institute, Melbourne
George Karpati, Montreal Neurological Institute, McGill University, Montreal
Stephen Kaufman, Dept. of Cell and Structural Biology, University of Illinois, Urbana, IL
Tejvir S. Khurana, Pennsylvania Muscle Institute, University of Pennsylvania, Philadelphia, PA
Stefan Kochanek, Zentrum für Molekularmedizin, Universität Köln
Louis Kunkel, Harvard University, Children's Hospital, Boston, MA
Hanns Lochmüller, Genzentrum der Universität, München
Jerry Mendell, Dept. of Neurology, Ohio State University, Columbus, OH
Clemens Müller-Reible, Humangenetisches Institut, Biozentrum der Universität, Würzburg
Francesco Muntoni, Dept. of Paediatrics, Imperial College School of Medicine, London
Roel Nusse, Dept. of Developmental Biology, Stanford University, Stanford
Gertjan B. van Ommen, Dept. of Human Genetics, Leiden University Medical Center, Leiden
Terrence Partridge, Muscle Cell Biology Group, Hammersmith Hospital, London
Thomas Rando, Dept. of Neurology, Stanford University School of Medicine, Palo Alto, CA
Bernd Reitter, Kinderklinik der Universität, Mainz
Michael Rudnicki, Ottawa Health Research Institute, Ottawa
Urs T. Rüegg, Ecole de Pharmacie de l'Université, Lausanne
Günter Scheuerbrandt, Testlaboratorium Breitnau, Breitnau bei Freiburg
H. Lee Sweeney, Dept. of Physiology, University of Pennsylvania, Philadelphia, PA
James G. Tidball, Dept. of Physiological Sciences, University of California, Los Angeles
Jacques Tremblay, Unité de Génétique humaine, Université Laval, Québec City
Theo Wallimann, Institut für Zellbiologie, Eidgenössische Technische Hochschule, Zürich
Maggie C. Walter, Friedrich-Baur-Institut, Medizinische Klinik der Universität, München
Dominic Wells, Dept. of Neuromuscular Diseases, Imperial College of Medicine, London
Steve Wilton, Australian Neuromuscular Research Institute, University of Western Australia, Perth
Jon Wolff, Dept. of Pediatrics, University of Wisconsin Medical School, Madison, WI
Guenter Scheuerbrandt PhD, Im Talgrund 2, D-79874 Breitnau, Germany.
Tel.: +49-7652-91813-0, Fax: +49-7652-91813-13, e-Mail: gscheuerbrandt@t-online.de
Ce rapport sera mis à jour de temps à autre en fonction des nouveaux résultats
des recherches. Tous ceux qui désirent recevoir les mises à jour ainsi que la
version 2004 du rapport doivent envoyer leur adresse électronique à
Dr. Scheuerbrandt.
Un exemple d'omission d'exon
On explique ici, au niveau des molécules,
le détail de l'omission de l'exon 46 par laquelle la dystrophie musculaire de
Duchenne, provoquée par la délétion de l'exon 45, est transformée en dystrophie
musculaire de Becker.
Une partie de la séquence de base des exons 45 et 46 de l'ARNm
du gène de la dystrophine est montrée, ainsi que la fin de l'exon 44 et le début
de l'exon 47. Dans l'exon 45, 50 triplets ne sont pas montrés et 30 dans
l'exon 46. Sous chaque triplet (codon), est indiqué le nom de l'acide aminé par
son abréviation selon le code génétique. Les triplets se suivent les uns les
autres sans espace, les tirets ne sont là que pour mettre en évidence le cadre
de lecture et les lignes verticales que pour indiquer les limites des exons.
L'oligoribonucléotide "thérapeutique", qui provoque l'omission d'exon, se lie
aux 19 bases soulignées de l'exon 46 du pré-ARNm. Les trois bases du signal
stop caché sont aussi soulignées. L'exon 45 se termine après la deuxième base
du dernier triplet, lequel est complété par la première base de l'exon 46
(-AGG-AG | G-CUA-) pour donner AGG.
| Fin Exon 44 |
| |
Début Exon 45 |
Fin Exon 45 |
| |
Début Exon 46 |
| -UGG-UAU-CUU-AAG |
| |
GAA-CUC-CAG-GAU--- |
AGA-AAA-AAG-AG |
| |
G-CUA-GAA-GAA- |
| trp tyr leu lys |
| |
glu leu gln asp |
arg lys lys arg |
| |
leu glu glu |
stop code caché
oligoribonucléotide antisens
GUC-GUU-GAU-UUU-UUU-UUC-G
Fin Exon 46 |
--AAU-GAA-UUU---AAA-GAG-CAG-CAA-CUA-AAA-GAA-AAG-CUU-GAG-CAA-GUC-AAG |
asn glu phe lys glu gln gln leu lys glu lys leu glu gln val lys |
| Début Exon 47
| UUA-CUG-GUG-GAA-GAG-UUG---
| leu leu val glu glu leu
Si seul l'exon 45 manque dans l'ARNm, le cadre de lecture dans l'exon 46 est
déplacé d'un nucléotide vers la gauche, l'exon 46 commence alors
| au lieu de |
| |
G-CUA-GAA-GAA-C |
par |
|
| |
GCU-AGA-AGA-ACA |
| |
| |
leu glu glu |
|
|
| |
ala arg arg thr |
avec pour conséquence que 16 acides aminés
incorrects sont incorporés dans la dystrophine jusqu'à ce qu'enfin un signal
stop prématuré UGA soit atteint, lequel était précédemment caché
(-AAU-GAA-UUU- est changé en -AAA-UGA-AUU-, le triplet UGA est souligné ci-dessus).
La synthèse de la protéine est interrompue prématurément, la dystrophine est
incomplète, et la dystrophie musculaire de Duchenne se développe. Après la
délétion de l'exon 45, l'exon 44 est suivi directement de l'exon 46:
| Fin Exon 44 |
| |
Début Exon 46 |
| -UGG-UAU-CUU-AAG |
| |
GCU-AGA-AGA-ACA---AGA-UUU-AAA-UGA-AUU-UGU-UUU |
| AUG- |
|
|
| trp tyr leu lys |
| |
ala arg arg thr arg phe lys STOP! |
Si, en plus de l'exon 45 manquant, on retire
aussi l'exon 46, on ne perturbe pas le cadre de lecture, il n'y a pas de signal
stop prématuré, mais il manque 108 acides aminés dans la partie centrale de la
dystrophine, laquelle est toutefois encore partiellement fonctionnelle. Ceci
transforme la grave dystrophie musculaire de Duchenne en la dystrophie musculaire
de Becker bien moins grave.
| Fin Exon 44 |
| |
Début Exon 47 |
| ---UAC-AAA-UGG-UAU-CUU-AAG |
| |
UUA-CUG-GUG-GAA-GAG-UUG--- |
| tyr lys trp tyr leu lys |
| |
leu leu val glu glu leu |
|